Jeudi 14 août 2008
par Laetitia et Nelly publié dans : Carnet de Route
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Mercredi 23 juillet 2008

Comme on a toujours des petites anecdotes planquées dans un recoin de notre caboche, et comme, lorsqu’on est à cours de celles-ci, on se fait un malin plaisir à en provoquer des belles, des grandes, des époustouflantes rien que pour votre plaisir, on va donc les partager en exclusivité avec vous.


Tout était merveilleux… Le soleil brillait haut dans le ciel (mais ça, c’est pas nouveau. Enfin… pour nous), les oiseaux, perchés dans les branches, nous sifflaient des airs australiens, nous batifolions dans les sources d’eau chaude de la région, les cascades et les gorges de Litchfield National Park nous offraient des moments de détente et de relaxation inoubliables.


 

Dans les Hot Springs de Katherine


En bref, nous profitions tout bonnement de l’oisiveté que nous offraient nos premières vraies journées de vacances, loin de tout souci d’argent et de boulot pénible à accomplir.

Oui mais voilà… Comme nous sommes ce que nous sommes, il fallait bien que l’on en combine une bonne, comme dirait ma chère mère.

Nous avions trouvé une place dans un camping de Litchfield, un parc national au sud-ouest de Darwin, juste à côté d’une chute où l’on pouvait patauger sans se soucier des crocos. Le site était également occupé par un couple d’Australiens la cinquantaine finissante.


Cascade à Litchfield NP

 

Lorsque nous retournions de nos ablutions nocturnes, prêtes à aller nous coucher (y devait bien être 20 heures…), les flammes crépitaient et nos Aussies nous invitèrent à partager la chaleur de leur feu de joie. Nous refusions poliment, sous prétexte que nous voulions aller nous coucher tôt.

Sur ces belles paroles et un échange de Good nights, Sleep well entendus, Nelly claqua le coffre. Dans l’impossibilité d’arrêter son geste, elle me regarda, l’air piteux et la parole confuse : « J’ai fermé le coffre… ». Nous savions toutes les deux ce que cela voulait dire : les clés étaient restées à l’intérieur et toutes les portes étaient fermées. Toutes, sauf une : la porte latérale qui ne s’ouvrait que de l’intérieur malgré les bons soins de Jérémie (oui, si tu nous lis, la serrure a relâché au bout de quelques jours…).

On tenta tout ce qui était possible et inimaginable : abaisser les vitres, faire levier sur la porte latérale, la voisine essaya même ses propres clés de voiture dans nos serrures.

Rien n’y faisait, il fallait donc se résoudre à l’irréparable. C’est Nelly, encore, qui l’annonça : « Bon, ben… On va casser la vitre… ».

On a laissé au monsieur d’à côté le soin de donner les trois coups de marteau décisifs, ceux-là même qui virent notre carreau éclater en mille minuscules morceaux.



C’est donc la balayette et la pelle à la main, sans oublier la lampe frontale sur le front, comme il se doit, qu’on occupa une bonne heure à, non pas recoller les morceaux, mais tenter de les extraire de tous les recoins où ils s’étaient immiscés.

Le lendemain, après un bain sous une cascade (même dans l’adversité, il ne faut pas perdre l’essentiel de vue), nous prenions la route, direction Darwin, histoire de dégoter une aternative vitrifiée à la bâche bleue qui claquait au vent dans une cacophonie infernale.

Après un p’tit tour par une casse pour trouver la perle rare bradée à 80 dollars (alors qu’on nous l’annonçait à 320 dollars dans un garage qui devait la faire venir d’Adelaïde), nous nous rendions juste en face, chez Jimmy, le Vietnamien « qui travaille vite et bien », selon le boss de la casse. Petit homme édenté et plutôt distant de prime abord, une distance probablement instillée par la culture asiatique, après un laps de temps assez bref, il se mit à nous égrener tout le vocabulaire français qu’il avait appris à l’école. Puis ce fut le tour du répertoire musical: « Ma préférée, c’était une chanson qui disait : Tous les garçons et les filles… ».


Le fameux Jimmy

 

Il finit par nous installer notre vitre et nous réparer la porte latérale qui a, depuis, relâché une fois de plus. Mais les bons soins de Nelly l’ont remise d’aplomb.

Une promenade sur le marché nocturne de Mindil Beach accompagnées de Delphine la Normande (une autre, rencontrée, celle-ci, à Broome), et nous quittions déjà Darwin, deux jours après y avoir jeter l’ancre.

Direction, cette fois, Kakadu National Park, à l’est de Darwin. Au centre d’information, Nelly s’enquit des campings gratuits et des moustiques alentour. « J’peux pas vous garantir qu’il n’y aura pas de moustiques, c’est la saison », lui répondit gentiment la dame à l’accueil. On était donc prévenues.

Pourtant, on ne s’était pas préparées à l’attaque féroce qu’ils nous firent dès la nuit tombée. On eut beau s’asperger d’anti-moustiques, on entendait leur bourdonnement insatiable dans nos oreilles et on les voyait tourner autour de nous, à la recherche de sang frais.

Après avoir ingurgité plus que savouré notre dîner, on se rua dans le van, toutes portes closes. Le problème, c’était que, déjà dehors, la chaleur était étouffante. Mais à l’intérieur, ça en devenait oppressant. On suait de tous nos pores, passez-nous l’expression mais elle colle bien à la situation. D’ailleurs, il n’y avait pas que la situation qui collait… A cette moiteur vint s’ajouter, de nouveau, on vous l’donne en mille : les moustiques qui avaient trouvé leur chemin à l’intérieur. Il nous fallut beaucoup de précision et de volonté pour en tuer au moins 30. Mais, à chaque fois qu’on en tuait un, il y en avait quatre qui faisaient leur apparition. Au bout de deux heures et demie à ce régime, nous prîmes la décision de sortir la tente ! On planta juste la moustiquaire car cela faisait bien quatre mois qu’on n’avait pas vu une goutte de pluie. Et, qui plus est, on était en saison sèche.

Le sol était dur mais on respirait un peu mieux et seulement quatre moustiques venaient perturber notre nouvelle chambrée. Pas moins de deux heures plus tard, des petites gouttes se firent sentir au travers de la moustiquaire. Nelly se tourna vers moi : « Tu crois que ça va durer ? ». « Non, c’est juste une averse de cinq minutes », lui répondis-je, sûre de mon coup. « En tout cas, ça fait du bien… ». C’est vrai que ça nous rafraîchissait. Mais, lorsque les gouttes se sont transformées en véritable torrent, Nelly est sortie installer la bâche. Elle revint, trempée jusqu’aux os, avec l’envie de se la jouer genre publicité Tahiti : « J’ai presqu’envie de prendre le gel douche et le schampooing ! ».

Cette nuit fût l’une des plus longues de notre histoire australienne. Comme quoi, les vacances ne sont pas toujours de tout repos !

           
par Laetitia et Nelly publié dans : Carnet de Route
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Jeudi 17 juillet 2008

Après un peu moins de trois mois à faire les « Conchita », nous voilà enfin on the road again…

 

La parenthèse Broome vient finalement de se clore et bien loin de nous l’idée de nous en plaindre ! Pourtant, elle restera associée à des visages qui ne nous quitteront pas de sitôt. Vanessa et Jérémie, nos p’tits voisins et partageurs de mini-galères, Dewa, pour le sourire et les cafés plus que bienvenus durant ces longs après-midi de travail, Keiko et Nobuko, nos collègues japonaises, Marie et Brieu, nos caissiers belges favoris, Claudine, Christelle, Delphine, Perrine, la bande des quatre bringueuses qui nous ont vraiment prises pour des mamies. Faut dire qu’aller au lit à 21 heures, préférer regarder des DVD plutôt que de sortir, refuser d’aller aux beach parties bourrées de backpackers, c’est pas très rock ‘n’ roll. Et oui, l’Australie nous aura bien changé !  


Marie et Brieu

L'ami chinois - Dewa - Nobuko - Keiko



Jeremy et Vanessa

Voilà donc six jours que l’appel du bitume a repris ses droits et cela suffit pour nous fournir le regain d’énergie qui tardait un peu à se manifester depuis tout ce temps.

Nous nous dirigeons vers Darwin et la route, bien que supposée désertique, est plutôt intéressante. Contrairement à Nullarbor, ici, les arbres sont partout et les baobabs ne cessent de nous émerveiller par leur présence enchanteresse. A perte de vue, nos regards contemplent ces roches ocres sculptées par des temps immémoriaux. Contrairement à Nullarbor, la trajectoire n’est pas droite mais épouse les contours d’un paysage sinueux. Au coucher du soleil, le ciel revêt des couleurs arc-en-ciel. Un dégradé de jaune, rose, orange, bleu… Le Kimberley est resté sauvage et fascinant. Malheureusement pour nous, la plupart des routes ne sont accessibles qu’aux 4X4. On se cantonnera donc à la voie principale qui nous offre déjà bien plus qu’espéré.

Notre arrêt du jour nous a mené au Lake Argyle, un immense lac artificiel, le deuxième plus vaste en superficie du pays, construit pour alimenter plus de 23000 hectares de terres.

Lake Argyle

 

Comme partout ailleurs, nous avons rencontré des Français, mais, contrairement à partout ailleurs, il ne s’agissait pas de backpackers. C’est au volant d’un véhicule immatriculé dans la Drôme que nous avons approché, intriguées, Eric et Michelle. Tous deux sont à la retraite et sillonnent les routes du monde depuis plus de quatre ans et demi. Le déclic est venu, il y a plus de 20 ans, lors d’une année sabbatique passée dans le désert africain accompagnés de leurs trois enfants alors âgés de 3, 4 et 5 ans. Ils ont à ce moment pris conscience qu’il n’était aucunement question pour eux de travailler jusqu’à 65 ans, que la vie avait autre chose à leur offrir. Retraités à 56 ans, ils ont alors emprunté les chemins de la bohème. De leurs enfants, l’on apprendra que l’un vit à Singapour, l’autre s’est construit un voilier avec un ami pour traverser la Méditerranée et la dernière, « La couillonne ! » (dixit Eric, on n’oserait pas !), vit à Lyon et a un emploi tout ce qu’il y a de plus banal.

Michelle et Eric au volant


Pas moins de vingt minutes après les avoir quittés, nous tombons nez à nez avec notre deuxième couple de Français, Laure et François. Cela fait 15 ans que tous deux promènent leurs petits bonhommes de chemin au gré de leurs envies. Egypte, Crète, Madagascar… Au bout de deux et demi d’installation dans un pays, l’envie les titille de reprendre la route et les fourmis dans les jambes prennent le dessus sur tout le reste. Nous échangeons brièvement quelques bons plans gratuits, comme tous Français dignes de ce nom, et nous quittons pour trouver un endroit où dormir car la nuit ne va pas tarder à tomber.

Au centre d’information de Katherine, deux jours plus tard, nous nous retrouvons de nouveau nez à nez avec François et Laure ! L’Australie est plus vaste que l’on ne croit lorsqu’on n’y a jamais mis les pieds mais, comme elle n’est composée que d’une route principale, il arrive souvent de recroiser des gens rencontrés en cours de parcours.

De nouveau, la discussion suit son cours naturellement et, de fil en aiguille, de centre d’information en pub, nous finissons la soirée en bord de route, sur une aire de repos pour camionneurs, à préparer des crêpes. Quel régal et quelle soirée agréable !



Francois et Laure


Il s’avère même que nous nous retrouverons en Thaïlande : la veille de notre départ de Bangkok correspond à leur arrivée à eux ! Comme quoi, la vie nous concocte parfois des détours plutôt surprenants.

par Laetitia et Nelly publié dans : Carnet de Route
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Lundi 2 juin 2008
Ah, l’Australie et ses kangourous… Ah, les surfeurs sur les plages de sable fin… Ah, les koalas perchés sur leurs eucalyptus… Oui, l’Australie, c’est tout ça, mais c’est aussi tout autre chose… Loin des poncifs et les yeux trop grands ouverts, voici un état des lieux de ce que l’on apprécie quotidiennement à l’heure où l’on vous parle.

Cette impression souvent nous saisit et l’on se dit que ce voyage nous confronte plus qu’il ne le faudrait à la misère humaine au cœur même d’un pays industrialisé et développé. Misère sociale, misère économique…
Ce pays est bel et bien un pays riche par de nombreux aspects – sa société de consommation exacerbée, son train de vie, son économie capitaliste -. Mais derrière cette image lisse se cache un côté hideux, une face honteuse que le simple touriste ou celui qui se plaît à survoler et papillonner ignorera et bien lui en fera.
Pour ceux qui, comme nous, sont immergés bon an mal an dans l’œil du cyclone, d’autres contours se dessinent, à des années-lumière des images d’Epinal et des clichés carte postale.
Pour la énième fois depuis notre arrivée, nous partageons le quotidien d’une classe sociale désenchantée, qui travaille d’arrache-pieds pour joindre les deux bouts. Qui ne s’accorde aucun plaisir, aucun loisir, ou plutôt qui ne peut se les accorder. Nos collègues de ménage ont entre 45 et 65 ans pour la plupart, vivent dans des logements sociaux au mieux, des campings en général.
Ici, il faut savoir que louer un logement est quasi une honte sociale. L’on se doit d’être propriétaire d’un chez-soi. Aucun de nos collègues ne l’est… Ils fument pour la plupart, une autre caractéristique de l’Australie pauvre. L’Australien de classe moyenne supérieure, lui, fait du sport de manière régulière et souvent intensive (dans les grandes villes surtout) et ne fume pas. Surtout pas ! La clope, c’est pour l’autre, le pauvre. Cette simple chose qu’est la cigarette prend une dimension de véritable instrument de catégorisation sociale.
Nos collègues bossent entre 40 et 80 heures pour pouvoir prétendre à un salaire décent. Ils font, cela va sans dire, partie de l’Australie qui se lève tôt. Certains cumulent même deux emplois car la loi les y autorise.
Ah, tiens… Nous avons également une jeune collègue de 22 ans bientôt, en août, Suzie. Elle a deux enfants en bas-âge, 4 et 3 ans. Son partenaire est en prison à Darwin et elle vit avec sa belle-famille dans une maison de quatre chambres. Autant de familles partagent cette résidence, soit au total vingt personnes !

Pour vous résumer notre journée de travail, nous commençons par faire le ménage dans des maisons cossues, possessions de familles blanches, composées d’un couple et de deux ou trois enfants.
Chaque maison a son style propre, mais dans chacune d’elles, la chambre d’enfant tient une place particulière. Dans certaines, celle-ci est un temple high-tech, dotée des dernières technologies, télévision, lecteur DVD, ordinateur, console… Dans d’autres, elle devient cliché, rose pour la fille, bleu pour le garçon, poupées et barbies dans un cas, voitures et jeux de construction dans l’autre. Même les lectures y sont sexuées. Et puis, il y a celles qui sont de véritables cavernes d’Ali-Baba, voire des petits musées. Poster encadré « Tintin au Tibet » (en français dans le texte), dessin original de Walt Disney, jouets en bois, bibliothèque chinée chez les antiquaires au grand plaisir de maman.
A partir de 11 heures, on se rend dans nos centres commerciaux respectifs. Et là, un tout autre spectacle s’offre malheureusement à nous. Celui des oubliés de l’Australie… Les Aborigènes affluent en nombre du bush avoisinnant. Ils se ruent dans les toilettes publiques du magasin pour prétendre à une toilette. Ils sont plus qu’imbibés d’alcool, ou peut-être est-ce leur corps qui réagit plus difficilement aux breuvages. Ils s’interpellent, titubent, ont le regard vide. Parfois même, des gamins de 7 ou 8 ans s’enferment dans les toilettes pour sniffer de la colle.
L’Australie est un pays riche et développé et pourtant, une partie des Aborigènes de Broome où l’on se trouve, vit dans les champs bordant la ville. Pas de murs, ni de cloisons métalliques, mais un tout autre type de favella. Quelques chaises et cartons épars, les déchets du repas de la veille, témoignent de leur passage, délimitent leur possession du moment.
Il faut les voir errer sans but dans les rues moites, s’interpeller, hausser le ton entre eux et s’insulter. Parfois, une blessure purulente s’infecte, qu’ils soignent à grosses gorgées d’alcool fort pour oublier la douleur. Mais la blessure en elle-même reste une plaie béante qui finira amputée.
Le gouvernement a même mis en place des taxis gratuits pour eux, afin de les conduire au creux de l’enfer : la ville. Là, ils peuvent se laisser aller à leurs plus bas instincts… Lorsqu’ils sont incapables de tenir debout, des minibus, connus sous le nom de Kullari Patrol, les cueillent alors pour les retourner dans le bush.
Ceux-là font partie de la minorité visible. D’autres vivent dans des maisons qui abritent plusieurs familles ou vivent comme n’importe quelle famille blanche. Ceux-ci se fondent dans la masse et passent inaperçus. D’autres encore vivent dans des dry communities, ces communautés sèches où l’alcool est prohibé. D’ailleurs, beaucoup de ces Aborigènes retrouvés en ville à la limite du coma éthylique se sont enfuis d’une communauté sèche pour venir goûter aux plaisirs de l’interdit. Souvent, ils y retournent après quelques semaines de débauche irraisonnée.
Aucun intervenant social, aucun personnel médical n’a jamais été entrevu pour les consulter. Pour autant, ça n’empêche pas les boutiques de vendre des artefacts aborigènes, des didgeridoos et autres boomerangs hors de prix.
La ville de Broome, comme la plupart des villes d’Australie, vantent son passé aborigène et son multiculturalisme. Pourtant, c’est comme si, malgré les Sorry days, les pardons et les larmes versées (vraies ou simulées), le gouvernement n’attendait qu’une chose : l’extinction d’un peuple ancestral et de la plus vieille culture au monde encore vivante.
On s’interroge… Que faire alors ? Quelles mesures mettre en place qui aient du sens, autre qu’un simple assistanat financier qui a montré ses limites ? Un Patrimoine de l’Humanité immatériel pour préserver les cultures et les peuples menacés ou en voie d’extinction ? Car les Aborigènes sont loin d’être les seuls menacés par les diktats de l’économie de marché et la loi du plus fort.
On a déraciné ces gens sans les consulter et encore de nos jours, certains sont comme des âmes en peine, errant à la recherche de leurs Dreamings et leurs songlines, le Temps du rêve et le chant des pistes…
par Laetitia et Nelly publié dans : Carnet de Route
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Dimanche 18 mai 2008
par Laetitia et Nelly publié dans : Carnet de Route
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Mardi 6 mai 2008
Après avoir accomplies le millier de kilomètres et des poussières (beaucoup de poussières...) qui ont suivis Ningaloo, Broome nous est apparu comme un mirage au milieu du désert.


Le 24 avril, nous jetions l’ancre dans cette ville au nord de l’Australie Occidentale, Broome, non sans mal et sans frayeur. Notre dévoué van nous y a conduit cahin-caha, broutant au passage et le moteur en ébullition. Le feu aux fesses, comme on dit, je signalais à ma pilote que le siège était plutôt bien chaud. Pour qui l’ignore, le moteur, dans un van, se situe sous le siège passager. Stoïquement, elle me répondit qu’il n’y avait rien de plus normal puisque l’on roulait depuis des heures sans s’arrêter sous une chaleur frôlant les 40 degrés. Ses paroles eurent le don de m’apaiser mais pas de refroidir mon postérieur.

Le lendemain matin, je pris le volant pour quitter le camping où nous nous étions perdues. La veille, voulant éviter les aires de repos glauques, l’idée nous était venue de prendre une piste sensée mener à la mer. De mer, nous n’en verrons pourtant jamais la couleur. Il nous fallut environ une heure de trajet (23 kilomètres à 30 km/h, si mes calculs sont bons…) pour venir à bout de cette route digne du Paris-Dakar. Vous auriez dû nous voir dans cette poussière rouge, seules, déraper sur la piste et le soleil se coucher vite, très vite. Si bien qu’à la nuit bien tombée, nous arrivions en bout de piste et la seule alternative se présentant à nous était un camping au milieu de nulle part. Il faudrait en plus payer pour cette route cahotique et quelque peu flippante que nous venions de prendre.

Donc, le lendemain, je reprenais le volant pour le trajet inverse. Juste après la piste, le van se mit à brouter et à décélérer. Nous étions à 300 kilomètres de la ville la plus proche, ce qui signifiait à peu près autant de dollars de remorquage. On aéra un peu le moteur bien chaud, ajouta de l’huile et repartit à vitesse de croisière et guère rassurées.

Il tint bon jusqu’au bout et Broome nous accueillit dans sa chaleur moite tropicale, avec palmiers, cocotiers et baobabs. Pourtant, le répit de quelques jours touchait à sa fin : il ne nous restait plus qu’à conduire le van au garage et à trouver un job pour payer l’addition et surtout renflouer les caisses.

Au bout de quelques jours à errer sous une chaleur tellement pesante que le moindre des mouvements se transformait en supplice et par le plus grand des hasards, notre recherche prenait fin. Dans une eau très chaude (pour preuve, voir la photo ci-dessous), et parmi les vagues, nous rencontrions le surnommé Julio (pour Julio Iglesias), un Casanova sur le retour qui nous mettait en relation avec une de ses amies en pénurie d’employés.

Deux jours plus tard, l’affaire était pliée, nous commencions notre nouvelle mission. Et quelle mission ! Nelly au Plaza, moi au Boulevard, nous étions chargées d’assurer la maintenance de deux centres commerciaux. En d’autres termes, récurrer les toilettes publiques et faire la chasse aux papiers clandestins, aux canettes explosées au sol, aux miettes de déjeuner qui ont loupé l’estomac… Le summum de notre brève carrière était désormais atteint.  

On peut vous avouer que le premier jour, notre estime de soi était quelque peu entamée. Mais la paye, plutôt intéressante par rapport au picking, et le fait que cette mission n’était que temporaire, tout cela prit vite le dessus sur le reste.

D’ailleurs, le nom en lui-même n'était-il pas déjà un présage? Broom(e), en anglais, ça veut aussi dire balai…

par Laetitia et Nelly publié dans : Carnet de Route
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Dimanche 20 avril 2008

Tellement de jours et de semaines se sont écoulés depuis notre dernier scribouillage de nouvelles par ici qu’on ne sait même plus par quel bout démarrer ce récit…

 

Il y a eu cette longue traversée du désert, la Nullarbor Plain qu’on l’appelle par ici… Nullarbor, du latin Nullus arbor, « pas un arbre ». Plus d’un millier de kilomètres entre Adelaide et le sud de l’Australie Occidentale. Une ligne quasi-droite, des carcasses de kangourous sur le bas-côté dépecés par les charognes noires, ces espèces de gros corbeaux, et parfois même par des aigles. Des dingos assoifés et affamés sur l’asphalte des roadhouse, les aires de repos qui ponctuent cette traversée monotone et permettent de faire le plein ou de se dégourdir les jambes. De la terre rouge, des mains qui nous saluent dans chaque voiture que l’on croise, comme pour nous rappeler qu’on est embarqué dans la même aventure, une expédition méditative et introspective… Car il y a matière à penser face à cette immensité qui vous engouffre.

Après, il y a eu des petites villes sympathiques, la détendue Denmark, la colorée Margaret River, patrie de vignobles savoureux, la surprenante Fremantle, au sud de Perth. Ainsi que les fameuses Pinnacles...

 

 

Les Pinnacles en image, au petit jour


Et maintenant, enchantement, la route nous emporte au nord, toujours plus au nord… Et dans ce nord, Ningaloo Marine Park comble toutes nos attentes les plus folles. Le nom de Coral Bay, sa porte d’entrée au sud, est déjà tout un monde de promesses. A peine les pieds dans l’eau, cinq ou six poissons s’entrelacent dans nos jambes. Nul besoin de bouteille, la simple panoplie masque-tuba-palmes est largement suffisante. Cinq mètres après avoir pénétrées dans la mer, déjà les coraux et les poissons multicolores nous submergent dans un univers magique.

A Turquoise Bay, on s’adonne au snorkelling dérivant : au lieu d’agiter nos palmes, on se laisse tranquillement transporter par le flot aquatique. Le courant comme guide, on a la sensation d’être plongées au cœur d’un aquarium géant qui défilerait sous nos yeux de grands enfants ébahis. Des coraux énormes labyrinthiques et fascinants, des poissons de toutes les formes et toutes les couleurs. Des ronds, des longs, des gonflés avec plein de pics, des rayés, des qui s’embrassent (!), des fluorescents, des bleus, des jaunes, des oranges… Et  Nelly qui a eu la chance et le privilège de nager avec une tortue énooorme!

Les trois jours passés au sein de cet écrin aquatique ont été fabuleux. On ne pouvait réfreiner notre envie de plonger à nouveau. Trois fois par jour, donc, nous nous immergions dans un univers sourd mais empli de sons, muet mais si parlant… Un autre monde, dense, merveilleux, animé et d’une richesse abyssale.


Monkey Mia et ses dauphins joueurs


Il nous tarde de replonger à nouveau…

par Laetitia et Nelly publié dans : Carnet de Route
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Mercredi 9 avril 2008

J’ai laché ma carte routière pour vous tapoter quelques mots de nos « aventures australiennes ».

2 pm sur la route (une ligne droite) quittant Adelaide direction la très éloignée Perth !

Notre journée fut ensolleilée par la rencontre de deux jeunes Coréens avec lesquels nous avons échangé nos galères et nos bons plans quotidiens.

Kyung Hwa (alias Princesse pour ceux qui ne l’auront pas reconnue) aurait été fière de moi car ces deux derniers ont été surpris du peu de vocabulaire coréen que je connaissais. Ces deux jeunes gens m’ont ramenée loin en arière, au détour du numéro 13 du passage Bourgoin lorsqu’ils nous ont chantonné, tout fiers : « Aux Champs Elysées… Palapalala… »

Nous les avions recontrés la veille, à la cuisine d’une bibliothèque, et nous avions ri, tant ri dans cet endroit pourtant réservé au silence. C’est pour faire honneur à cette charmante recontre que nous avons dégusté ensuite un plat de Bimbimpap et Kimchi dans le quartier de Chinatown au cœur d’Adelaide.

Des recontres, des rencontres de toutes nationalités, tous les jours… Nos routes se croisent au détour d’un parc national, nos chemins se rejoignent devant un barbecue, dans les toilettes publiques !

La route est longue et les villes sont de plus en plus éloignées les unes des autres. Et donc nos douches sur une semaine se compteraient sur … les pattes d’un moineau ! (3 si je ne m’abuse).

Retour en arrière…

Quittant la Tasmanie, nous sommes arrivées à Melbourne il y a une quinzaine de jours et l’enfer s’est présenté à nous.

LA CHALEUR ETOUFFANTE MELBOURNIENNE !

Le thermostat devait indiquer 30 degrés dès 9h00 du matin et 38 degrés à 11h00 du soir. Notre van se transforma en fournaise dès le matin. La plage sembla le soir le lieu le plus propice pour dormir… Minuit, toujours aussi chaud ! Seul un léger, très léger air marin, nous raffraichissait un peu. Allongées sur notre bache en plastique, voilà qu’un chien vient uriner juste à côté de nous pour venir se frotter (voir s’essuyer la patte arrière) sur moi ! Ce qui fait, bien évidemment, mourir de rire Laetitia et moi un peu moins 

1h00 du matin la chaleur tombe et nous décidons de quitter les toilettes publiques canines pour installer notre van dans une rue tranquille et de dormir la porte ouverte.

Dans ces cas là la position la meilleure pour dormir au frais est :

L’étoile de mer (en tenue la plus légère possible), la bouche ouverte !

Hum… Toujours aussi sexy me direz-vous !

Meme si Melbourne est une ville bien sympathique, il nous reste à faire le tour de la carte d’Australie. Nous mettons alors le cap vers la Great Ocean Road où les rochers majestueux se détachent de la terre, formant notamment les célèbres Twelve Apostles (Douze Apôtres).

Là, nous faisons connaissance – enfin ! – avec quelques koalas qui s’en fichent un peu de mes cris enthousiastes « Waouh ! Des koalas !!! T’as vu, t’as vu ?!!! », perchés qu’ils sont à machouiller des feuilles d’eucalyptus.

Sans qu’on s’y attende le moins du monde, des Australiens rencontres par hasard nous donnent leur numéro et leur adresse . Mais nous n’avons pas encore osé squatter leur maison.

Bref, notre aventure et nos petites mésaventures vont bon train.

Vous ai-je d’ailleurs parlé de cette souris volante qui nous a dévoré les cables du poste radio ? Disons que Laetitia était peu rassurée lorsque, aux alentours de 23 heures et en plein milieu d’un parc national, des « Gggrrrrrrrr » se sont fait entendre à l’intérieur même du van !!! (Oui, vous apprendrez que Laetitia est la grande peureuse et moi… euh… ben je suis obligée d’avoir moins peur !).

Donc, armée de ma lampe torche, de mon pyjama et de mes claquettes, je sors en pleine forêt tropicale, noire, noire, noire, à la recherche d’un animal mais sans savoir lequel !

« Ca gratte, ça gratte par là ! » me lance Laetitia bien emmitouflée dans son sac de couchage. C’est à peine si je ne devais pas fermer la porte parce que Mademoiselle avait froid (Nelly est une grande exagératrice, signée la tapeuse anonyme, et non l’écrivaine, de ces lignes). Et là, que vois-je ? Une petite souris avec des mini pattes de kangourou qui sautille et s’enfuit ! Bon, je me dis qu’elle est partie. Je me recouche… Et cinq minutes plus tard, de nouveau le bruit !

Il est plus de 23 heures, l’équivalent de 4 heures du matin si l’on compare notre rythme ici à notre passé dublinois. Après avoir vainement tentée de l’éloigner en jetant du shampooing (organique, attention !) sous le van, nous décidons de nous déplacer. Bien joué, elle ne reviendra plus !

Bon, j’avoue, j’avais laissé quelques miettes de pain aux alentours du van pour les possums et kangourous qui passeraient par là, mais on ne m’y reprendra plus !


Et de l’araignée grosse comme une carte postale, je vous en ai parlé ?!!! Non ?

Elle avait bien choisi son jour celle-ci ! C’était Pâques. Oui, ici, c’est pas les lapins que l’on croise, mais c’est tout aussi poilu !

Le matin, donc, Laetitia prend sa position de pilote. Oui, elle est meilleure en conduite qu’en orientation ! Et moi, après avoir décrochée un rétroviseur, j’ai opté pour le copilotage. Mais, après que Laetitia a cassé un feu de voiture arrière, j’ai repris un peu le volant. Mais bon, bref, nous nous écartons du sujet…

Donc, Laetitia s’assied face au volant et là, j’entends un AAAAAAAHHH !!! effrayant. « Y’a y’a y’a une araignée juste à côté de moi !!! Elle est ENORME, elle est toute velue ! ».

Une fois de plus, je me munis de mes trois feuilles d’essuie-tout et me dirige vers le côté conducteur. Laetitia, me voyant ainsi, laisse échapper un « T’es marrante avec tes feuilles d’essuie-tout ! Je sais pas ce que tu vas en faire ! ». J’arrive donc devant mon ennemie.

Laetitia, elle, avait deja sauté sur le siège passager, et moi je bondis en arrière et pousse des cris en voyant la bête.

Enorme, elle etait enorme !

Mes dents claquent et je prends mon courage à deux mains aidée d’un magazine. Mais elle s’enfuit dans les roues !

C’est donc pas trop rassurées que nous reprenons la route en pensant à chaque instant qu ‘elle puisse réapparaitre et nous grimper sur les jambes.

Voilà pour la partie animale, que l’on dédiera à Hinda qui se plaint de ne pas avoir assez d’informations sur nos rencontres animalières.


Passons les animaux pour des anecdotes d’ordre « pratique »


C’est sur la route de la Great Ocean Road que nos petites anecdotes se poursuivent. Je roule, vitesse de pointe 80 km/h et comme toujours je m’amuse à compter les voitures dans le rétro (oui j’aime créer des bouchons tandis que Laetitia, elle, rale lorsque la moindre voiture ose lui coller aux fesses). J’allume les feux en tentant d’y voir un peu plus clair parmi le brouillard et la pluie, puis nous décidons de nous arrêter le temps d’un café, et le temps aussi que les nuages passent leur chemin.

Les nuages passés, retour au van, je tourne les clefs pour allumer le contact :

PoUPoUPoUPoU souffle alors le van !

Et là, je tourne lentement la tête vers ma co-pilote pour lui dire d’une petite voix : « euh… je crois que j’ai oublié d’éteindre les phares ! »

Laetitia, comme vous la connaissez, se met à tourniquoter nerveusement une meche de cheveux dans ses doigts et me fait de gros yeux ronds l’air de me dire : « J’en étais sure que ça allait arriver !!!»

Hihihi, moi cela me fait rire …

Mais pas trop longtemps car dans les 5 minutes qui suivaient j’avais trouvé un homme avec 4X4, pinces, et grand sourire pour nous « recharger » !


Autant de petites historiettes que de jours passés ici depuis notre départ. Les petites galères deviennent des bonnes parties de rigolades. Je vous passerai le jour, ou, en manque d’amis, devant un jardin d’enfants, on s’est prise toutes les deux à donner des noms de nos potes aux gamins qui jouaient dans le parc :

« Regarde la, c’est Math qui se fait embarquer par deux nanas sur le tourniquet»

« Oh… Et tu as vu Adeline avec sa petite bouille sur le toboggan »

Bon et la derniere fois c’etait dans un pub ou j’ai bloqué sur un jeu télévisé debile et que je répétais : « Regarde, regarde il y a TT à la télé, elle gagne plein de tunes ! »


Tout cela pour vous dire, (et si vous etes arrivés au bout de ce bien long article) que malgre tout nous avons un œil sur vous… Toujours…

par Laetitia et Nelly publié dans : Carnet de Route
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Mercredi 2 avril 2008


Le temps d’une nuit, Cactus Beach nous a offert une nature intacte et accueillante….


L’adorable monsieur amateur de cinéma français qui nous avait aidé lorsque nous étions tombées en panne sèche de batterie s’était exclamé : « Vous allez vers Perth ?!!! Surtout, un conseil, arrêtez-vous à Cactus Beach ! ».

On peut vous le dire haut et fort à présent : comme il avait terriblement raison ! Sans lui, on serait certainement passé à côté de ce panneau minuscule, à gauche de la route principale.

La terre était ocre et caillouteuse mais se transforma vite en piste blanche et lisse. Si lisse que les roues du van semblaient glisser agréablement après avoir été malmenés violemment par le sol rocailleux qui l’avait précédé.

A gauche, un lac au quart asséché, les rayons du soleil se reflétant sur sa surface paisible. A droite, un désert de sel blanc aux reflets nacrés. Des dunes de sable blanc immaculé comme sculptées par une main imaginaire. Que de merveilles à la suite !

Plus loin, un autre lac accueillant, celui-ci, sa colonie de cygnes noirs. C’est peu dire que d’affirmer la majestuosité de cette espèce, leur port gracieux exacerbé par cette couleur qu’ils portent fièrement.

Aucun cliché ne pourrait véritablement saisir l’essence, la tranquille beauté de ce que nous avons pu admirer. Aucun cliché ne saurait retranscrire le silence nous enveloppant de ces bras apaisants. Il n’y avait que nous et la puissante nature environnante. Que nous, ridicules mortelles, devant ce spectacle millénaire que l’on souhaite éternel.

La route prenait fin sur un camping. Après avoir garées le van, nous nous dirigions vers la plage. Un surfeur qui sortait à peine de l’eau nous présenta le spectacle qui s’offrait à nos yeux : les vagues, selon l’endroit, portaient des noms différents. Nous étions sur l’une des plus belles plages de surf du pays et nous l’ignorions !

Tout prit alors son sens : ces minuscules fourmis noires au loin étaient en fait des surfeurs ! On n’avait jamais vu de rouleaux pareils, ils étaient simplement grandioses, de véritables tunnels dans lesquels les plus téméraires des surfeurs s’engouffraient pour en ressortir triomphants.

Nous profitions que le soleil soit encore levé pour faire une ballade le long de la côte. Les vagues s’écrasaient violement contre les rochers, les sculptant à l’image d’un Gaudi. L’origine de l’Art réside en la nature…

Plus tard, de retour au site, nous croiserions le propriétaire de ce bout de terre magnifique. Et nous qui croyions qu’il s’agissait d’un parc national ! Un pick-up bleu brinquebalant s’arrêta sur notre emplacement. De la porte conducteur émergea un personnage qui aurait pu nous effrayer dans d’autres circonstances. Un chapeau de cow-boy couvrait ses cheveux longs et blancs, son regard était sévère et droit, voire fixe. Mais dès que de sa bouche s’échappèrent les premières paroles, cette vision s’évanouit. Il était doux et sage, tout chez lui était à l’image du bout de nature qu’il possédait : sculpté par la nature, creusé par le temps. Cet homme était plus riche que n’importe quel Bill Gates ou Onasis, il possédait une portion sauvage de bout du monde. Et il la partageait généreusement.

par Laetitia et Nelly publié dans : Carnet de Route
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Lundi 31 mars 2008

 

La Péninsule d’Eyre, en South Australia, nous a réservé bien des surprises plutôt inattendues.


Si l’on se réfère à l’édition 2007 du Lonely Planet, l’Eyre Peninsula est résumée en quatre pages succinctes et trois villes à découvrir. Pourtant, il s’est avéré que cette péninsule était bien plus riche que cela et l’on se doit de remercier le hasard pour cette découverte inespérée.

Ce matin-là, nous quittions Port Germein après y avoir passé une nuit bien paisible. Comment cela aurait-il pu être différent, puisque la localité nous a offert l’accès à une douche plus que propre pour un endroit public, un barbecue flambant neuf qui nous a grillé nos légumes et nos steaks de kangourou en moins de temps qu’il n’en faut pour le dévorer (oui, oui, désolée pour les végétariens et ceux qui se sentent offensés, mais le kangourou, c’est… mmmmmh… délicieux !) ? Et puis, que dire devant ce décor magique et somptueux ?

Nous frôlions la perfection…

Nous quittions donc Port Germein au petit matin et poursuivions notre route sous un ciel dominical menaçant. Cette journée serait donc réservée au lavomatique et à trouver un accès internet. Port Lincoln s’avérait donc la ville parfaite pour combler nos attentes.

Après avoir dégotées un barbecue plutôt potable pour faire griller nos tartines, nous nous installions pour petit-déjeuner sur le pouce et partir en mission lessive-commando. Jouxtant notre table, le jardin d’enfants vivait des cris et des jeux de marmots. Sous le regard vigilant de leurs pères (oui, c’est souvent les papas que l’on voit ici accompagner leurs bambins au jardin d’enfants), les gamins couraient à perdre haleine, trépignaient d’impatience en attendant leur tour au toboggan et se chamaillaient pour la balançoire. Chaque ville et village ici possède son jardin d’enfants et parfois même, chose surprenante, l’équivalent d’une véritable salle de gymnastique pour petits et grands !

Nous dévorions nos tartines de brie et de charcuterie lorsqu’une scène habituelle se produisit : l’un des papas vint échanger un brin de conversation avec nous. Dominic était pêcheur d’abalone, un crustacé très recherché ici et très cher, ce qui en faisait un connaisseur hors-pair des plages de la région. Muni de notre carte, il nous sélectionna une série d’endroits indispensables à visiter. Ses enfants, eux, n’en avaient que faire de nos tergiversations de grands et poursuivaient leurs courses essouflées à travers le parc.

Les rencontres ici sont simples et sont ainsi faites que les gens finissent toujours par vous inviter chez eux. Qui peut imaginer cela chez nous ? Un inconnu rencontré dans la rue vous invite à boire un café ? Quelles sont ses intentions ? Ici, il n’y a pas, en général, d’arrière-pensées et l’invitation coule de source.

Nous nous retrouvions donc chez lui à déguster un café tandis que Sebastian et Victoria, ses enfants, redoublaient d’imagination pour attirer notre attention. « Oh ! Regardez, j’ai attrapé une coccinelle ! ». « Viens voir ma collection de jeux et de DVD ! ».

Dominic, lui, poursuivait sa liste de bons plans, tout en nous apprenant qu’après ses 40 jours travaillés annuellement, il était père au foyer à temps complet. Et c’était épuisant !

Après avoir pris congé de notre famille bien accueillante, nous nous rendions au lavomatique et eux à leur course hippique.

Cette rencontre nous a permis de découvrir des paysages majestueux, perdus le long d’un détour caillouteux. Des lacs gorgés de sel et peuplés de cygnes noirs, des dunes de sable blanc infinies, des massifs rocailleux plongeant sur un océan agité…

Que sont donc les guides de voyage à côté des rencontres humaines parfois bien plus enrichissantes ?

par Laetitia et Nelly publié dans : Carnet de Route
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Samedi 29 mars 2008


Ici plus qu’ailleurs, le trou dans la couche d’ozone est une réalité de tous les jours. Ici plus qu’ailleurs, l’eau est une denrée d’autant plus précieuse qu’elle en est rare.


On n’a jamais vu de par chez nous une demi-page d’un quotidien renommé (The Age, mon préféré) réservé aux millimètres de précipitations tombés ces deux derniers jours sur Melbourne et ses environs et au taux de remplissage des réservoirs d’eau de la région, graphiques à l’appui.

On n’a jamais vu ça car la France n’entend que parler du problème de l’eau sans le vivre réellement. Du coup, les Français dans leur grande majorité ne se sentent pas concernés, sauf lorsque la télévision diffuse un reportage sur le manque cruel d’eau en Afrique par exemple.

Pour tenter de pallier à ce problème, beaucoup de citoyens ici ont choisi de s’équiper de leur propre réservoir d’eau, leur « tank water ». Certains uniquement pour l’arrosage du jardin et le nettoyage de leur voiture par exemple, d’autres pour tout. Tout, c’est-à-dire l’évier, les toilettes, la machine-à-laver…

C’était le cas chez Tess et Lloyd, deux de nos hôtes Wwoofing près de Melbourne. Dès l’arrivée, ils nous avaient mis en garde sur le fait que la maison était alimentée par des réservoirs et nous avaient donc prévenu de ne pas tirer la chasse d’eau à chaque fois, de faire attention en prenant sa douche, de conserver l’eau lorsqu’on lavait la vaisselle car elle pouvait servir à arroser le jardin, de récupérer l’eau froide qu’on laisse couler en attendant qu’elle se réchauffe dans une caraffe car elle servira de boisson par la suite.

Du bon sens finalement et des choses auxquelles on ne pense pas lorsqu’on n’a pas conscience de dépendre de l’environnement et des précipitations pour s’alimenter.

Revenons-en à l’article de The Age. Les rédacteurs se réjouissaient de la pluie tombée les jours derniers dans certaines parties du Victoria. Et il n’y a pas qu’eux. Les agriculteurs, bien entendu, sont ravis. Mais également le moindre quidam car presque tout le monde ici a conscience que l’eau est un souci, un des défis majeurs qu’aura à relever le 21ème siècle.

Imaginez-vous donc un jour, après vos huit heures ou plus de travail quotidien, rentrer chez vous et constater que de votre robinet ne sort plus une goutte d’eau. Pas de dîner, ni de douche ou de machine-à-laver. Pas de petit noir le matin, ni de brossage de dents !

Par ailleurs, du fait de ces réservoirs alimentés par l’eau de pluie, il est bien difficile de trouver de l’eau potable. En général, un panneau prévient celui qui s’aventure : « No drinking water », « Not suitable to drink ». Dans beaucoup d’endroits, l’eau n’est pas traitée et il faut la bouillir (ou « l’ébouillanter » selon le dictionnaire de langue nellyesque, version 2008 !) au minimum trois minutes avant de pouvoir l’utiliser.

A l’entrée de chaque ville également, la vigilance est de mise : aux côtés du panneau mentionnant le nom de l’endroit se trouve accolé celui indiquant « Water restrictions applied » (Les restrictions d’eau s’appliquent).

Dernier point et non des moindres, l’eau est également une cause majeure de dissension entre Etats comme en atteste le problème de la Murray-Darling river. La Murray River, fleuve le plus important d’Australie, est le sujet d’un plan de sauvetage, menacé qu’il est par l’utilisation de ses eaux pour l’irrigation agricole. Trois Etats en dépendent : le New South Wales, le Vicoria et le South Australia où nous nous trouvons actuellement, un des Etats les plus arides du continent.

Tous trois se disputent les hectolitres d’eau pompés et qui menacent le fleuve de salinisation. Il s’agit d’un problème géo-politique de grande importance ici.

Tout cela nous ramène à nous-mêmes et à notre situation quotidienne : nous vivons avec deux bidons d’eau de dix litres chacun, eau potable dans le meilleur des cas, non-potable en règle général. Il ne nous a guère été difficile jusqu’ici de trouver des points d’eau, bien plus difficile de trouver des douches et cette trouvaille nous rend à tous les coups plus qu’heureuses. Mais plus notre route nous mène vers l’ouest et le nord, moins l’eau va être facile d’accès.

En définitive, on ne se rendait pas compte auparavant, du fait de sa supposée abondance dans l’Hexagone, que l’eau est un bien précieux qu’il faut savoir chérir et conserver. Voilà un des apprentissages qui jalonne notre chemin.

par Laetitia et Nelly publié dans : Carnet de Route
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Dimanche 16 mars 2008
Petit resume en images de nos 4 derniers mois

par Laetitia et Nelly publié dans : Carnet de Route
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Samedi 8 mars 2008

Malgré les pronostics qui s’annonçaient catastrophiques, nous avons eu raison de tous les oracles qui avaient prédit notre chute et sommes plus que jamais ensevelies sous les navets en voici en voilà…

Tout d’abord, petit condensé de notre travail dans les champs : celui-ci consiste à extraire ces énooormes germes de navet de sous la terre puis de leur couper la tête et les jambes, autrement dit les racines et les feuilles. Bilan après le premier jour de travail : pas si dur que ça, on a vu bien pire au niveau du picking ici, par contre, mal aux bras, à la paume et aux doigts. Il nous semblerait même que nos doigts ont grossi. Espérons que ce ne soit qu’un effet d’optique !

Concernant la première impression que nous avions eu à propos des gens présents sur le champ à notre arrivée, celle-ci s’est malheureusement avérée en partie vraie. En partie car beaucoup sont attendrissants et très sympathiques. Mais d’autres sont un peu rustres, « d’autres » à entendre au féminin.

Difficile ici de faire le différence entre les oestrogènes et la testostérone. Les femmes se tiennent comme des hommes, agissent comme eux, fument à la Calamity Jane, leur clope au coin des lèvres, brandissent leurs outils de travail comme de vraies bûcheronnes, ponctuent leurs phrases, voire leurs mots, de « fuck » à tout va. En résumé, elles sont un peu effrayantes, surtout une scie à la main !

Et puis, quand tu parles français, que tu as une nana d’une cinquantaine d’années à tes côtés qui t’imite comme pourrait le faire une gamine de 8 ans - « Gnagnagnagnagna » - et qu’elle finit par lancer « That sounds shit ! » en parlant de ta langue maternelle, tu te demandes vraiment dans quel univers parallèle tu as atterri ! Tout ça pour quelques kopecks et pouvoir poursuivre l’aventure un peu plus loin…

Les conversations « de bureau » tournent ici autour de la beuverie de la veille, de l’alcool qu’on va ingurgiter le soir, et de la bière fraîche qu’on boirait bien sous le soleil en travaillant. C’est bien le genre de conversations qu’on pourrait avoir, ne nous le cachons pas, mais pas la seule ! Surtout quand la moyenne d’âge avoisine les 40 ans et pas les 20 !

C’est le côté obscur de l’Australie que l’on découvre ici, celui caché au regard des touristes, enfoui dans les terres inhospitalières. C’est l’Australie de ce qu’on l’on nomme ici, péjorativement, les Rednecks, à cause des coups de soleil que cette partie de la population la plus défavorisée affiche sur les bras, le visage, et surtout le cou. On ne se protège pas ici, les crèmes solaire indice 30 et le trou de la couche d’ozone, c’est pour les nantis, les bien-nés. C’est pour ces satanés Greenies !

On s’oppose par couleurs, vert et rouge, Greenie et Redneck. Sur les voitures, on affiche son appartenance à un camp ou à l’autre : « Save Tassie’s Forest » (Sauvons la forêt tasmanienne) ou « No Pulp Mill » (« Pas de Pulp Mill », slogan relatif à un projet de créer une grande scierie en Tasmanie, destinée à exporter aux pays asiatiques, projet auquel les Verts s’opposent depuis des années et qui est sujet à un débat de société ainsi que politique et économique plutôt houleux. Un prochain article devrait suivre sur le sujet) pour les uns, « Greens say lies » (« Les Verts disent des mensonges »), « Save a tree, shoot a possum » (« Sauvez un arbre, tuez un possum ») ou « Pulp Mill : Our jobs, Our future » (« Pulp Mill : notre travail, notre avenir ») pour les autres. D’un côté, vous l’aurez certainement compris, les activistes écolos, de l’autre les défenseurs de l’exploitation forestière.

Il y aurait tant et tant de choses à dire sur le sujet, comment l’hérédité socio-économique joue ici, comment les plus mal-lotis resteront toujours les plus mal-lotis et les moins-éduqués à moins d’une belle opportunité provoquée ou d’un miracle ou, mieux encore, d’une société qui marcherait en bonne et dûe forme. Mais nous frôlons ici le politique…

Et j’ai ce refrain qui me résonne dans la tête : « Etre né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard ». (Oui Maxime si tu nous lis ... Laetitia est un vrai karaoké ambulant ces derniers temps ) ... (Manque d'amis peut être...)

par Laetitia et Nelly publié dans : Carnet de Route
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