Tuk tuk toqués
Oui, j’en suis sûre, j’avais mis le réveil à 9h05 pour que l’on puisse visiter le Grand Palais et savourer un massage des pieds ou un massage thaï d’une heure et demie à Wat Po. Et, oui, il est midi et ce satané réveil n’a pas sonné car j’ai oublié de l’activer ! Tant pis, changement de plan de dernière minute : aujourd’hui, ce sera un tour en barque.
Notre première vraie journée commence d’emblée sur les chapeaux de roue ! Hop, une douche rapide et c’est parti pour trouver la « setani rotfaï fa » (la station de skytrain, merci Eric pour le vocabulaire de survie et la petite carte qui nous ont bien servis).
Face à l’étendue impressionnante de Bangkok (on se rendra compte par la suite que ce fût un choix stratégique car cette ville est bel et bien immense), l’option du tuk tuk nous paraît de loin la meilleure, alliant l’aspect pratique à l’attrait de la nouveauté.
Et c’est parti pour une course effrénée dans la capitale labyrinthique. Demi-tours, sens inverse, queues de poisson, slalom entre voitures, mobylettes, motos, tuk tuk… Cramponnées comme on peut, hésitant entre regard affolé et ébahi, on se réjouit de cette aventureuse escapade routière entre les avenues grouillantes de circulation et les petites ruelles aux trottoirs surchargées de monde. Le dégrisement ne tarde pas lorsque nous nous retrouvons à payer dix fois le prix négocié au départ, sous le regard menaçant de notre jeune chauffeur.
Du sourire commercial dans le rétro, il est passé au visage de marbre sans même prévenir ! On lui cède les 100 bahts demandés (qui ne représentent pas grand chose malgré tout) et on se retrouve face à l’entrée du Grand Palais.
Plongées dans notre carte, on s’aperçoit à peine qu’un gentil monsieur d’âge mûr s’adresse à nous pour nous venir en aide. On lui indique qu’on veut se rendre le long du fleuve pour prendre une barque. « Il faut que vous preniez un tuk tuk dans ce cas-là », nous annonce-t-il. Refroidies par notre expérience malchanceuse, on lui répond par la négative.
Il n’en a que faire et, en moins de deux, il a stoppé un petit engin au gaz et négocié notre itinéraire. Le tout pour la modique somme de 10 bahts. Nous restons pourtant sur nos gardes jusqu’à la visite du Standing Buddha, majestueuse statue dorée de la divinité bouddhiste.
Notre chauffeur nous attend patiemment pendant que nous prenons des photos, nous perdons dans les dédales de gargotes alentour et nous réjouissons des rires et des jeux de gamins sortis fraîchement de l’école. La vie semble douce…
Pourtant, le doute nous reprend lorsque le tuk tuk nous explique qu’il va nous arrêter dans un négoce. Il nous explique qu’il nous suffit d’en faire le tour, pas besoin d’acheter. Nelly lui répond par la négative. Il nous répond alors, dans un anglais sommaire, que ça lui permettra d’avoir des coupons d’essence gratuit. On accepte sans grand enthousiasme. On se retrouve alors à feindre de s’intéresser aux bijoux en or ringards exposés dans les vitrines, suivies à la trace par l’un des vendeurs. Deux minutes et le tour est bouclé.
Notre chauffeur nous dépose à l’embarcadère, négocie le prix avec nous et part, en refusant même l’argent de la course !
C’est accompagnées d’un vieux monsieur pour manœuvrer la barque que nous n’allons pas tarder à pénétrer la majestueuse vie fluviale de Bangkok. L’eau du canal renvoie l’image miroitée d’un univers enchanteur et suranné. Des bicoques en bois pleines de vie, des amoncellements de tout et de riens, des mains nous saluant au passage… L’heure s’écoule comme un rêve éveillé et c’est avec un pincement au cœur que nous quittons ce charme évanoui.
La soirée s’annonce et nous rejoignons Eric chez lui. Anniversaire au programme. On y fait la rencontre de couchsurfers vivant en Thaïlande. Il y a parmi nous une majorité d’Américains, deux Thaïlandaises, une Serbe et deux Allemands. Tous d’une sociabilité sans pareil, avenants et intéressants. Tout cela se finit sur une piste de danse. Avec, dans notre dos, des Thaïlandaises se trémoussant sur la scène et, face à nous, de vieux baveux ragoûtants fricotant avec la jeunesse nocturne thaïlandaise. La pauvreté orientale exploitée par les nantis de l’Occident…