ELLE R'MET CA !


La Fraise sur le Gâteau - 16 Février 2008
 
Les excuses publiques (cf article ci-dessous), c’est bien beau, mais la politique sociale dans tout ça ? A vrai dire, elle s’apparente à celle de tous pays anglo-saxon qui se respecte : américanisée.
 
Le lendemain matin de notre arrivée chez Tod, les choses sérieuses commençaient. Certaines fermes sont mécanisées pour la cueillette de fraises (les pickers sont sur des chaises mécaniques), mais pas la nôtre, malheureusement. A genoux, le dos courbé, nous avancions bon an mal an à travers les rangées de fraises assez éparses. La belle saison était dernière nous et ne restaient à nos pieds que les retardataires. Nos mains fouillaient désespérément le sol tandis que notre dos, notre nuque, nos jambes, criaient au supplice. Et nos pensées de s’activer sous les gestes répétitifs de la cueillette. 
Autour de nous s’offrait un large panel socio-ethnico-économique comme à l’accoutumée. Des backpackers comme nous, d’Europe et d’Asie, d’une catégorie d’âge plutôt similaire, la vingtaine (début et fin). Mais aussi des Australiens, et c’est là que le bât blesse. Certains jeunes d’ici font du picking durant leurs vacances scolaires, comme de par nos frontières. Cependant, les cours ont repris et les pickers australiens ressemblaient plutôt à nos parents. Voire à nos grands-parents ! 
Lorsque nous nous sommes rendues compte du jour qu’il était, c’était la cerise sur la gâteau ! Nous étions dimanche et tous ces gens travaillaient invariablement les week-end, souvent en complément d’un emploi hebdomadaire principal. 
Le dimanche, chez nous, c’est sacré (au sens propre ainsi qu’au figuré). Le dimanche, chez nous, c’est le bon pain chaud sorti tout droit du four du boulanger. Le dimanche, chez nous, c’est le jour de la promenade bucolique dans les bois. Le dimanche, chez nous, c’est le jour du parc et des enfants. Le dimanche, chez nous, c’est le jour de la visite chez les grands-parents. Le dimanche, chez nous, c’est le repas copieux autour de la table familiale. Le dimanche, chez nous, c’est quoi encore et pour combien de temps ?
La rangée derrière moi était occupée par Pauline. Sous ses cheveux gris, un visage dont les rides racontaient une vie de tourments. Ou c’est mon imagination… Ses petits yeux restaient pétillants alors que son sourire quasi-édenté en disait long. Elle pouvait bien avoir 60 ans, la Pauline, mais elle en apparaissait 20 de plus. Et que faisait-elle là, d’ailleurs ? Son dos n’avait pas déjà supporté le fardeau d’une existence bien remplie ? N’était-il pas temps qu’elle profite, quelques années encore, de la tranquillité d’une vie sans plus de contrainte laborieuse ? 
On ne connaît rien à la vie de Pauline… Oui, je t’entends, ô toi détracteur devant l’impensable ! Peut-être a-t-elle pensé bien trop tard à son futur… Peut-être a-t-elle papillonné au gré du vent et trop longtemps… Peut-être a-t-elle savouré la bohème d’une vie itinérante… Peut-être a-t-elle choisi d’être là, car on a le choix de l’âge de sa retraite… Peut-être, peut-être… Les peut-être m’importent peu.
Quand je pense à Pauline, je pense aussi à ce vieux monsieur, rencontré à la caisse d’un Woolworths, une enseigne de supermarché australienne, à Sydney. Chez nous, les vieux monsieurs de son âge se trouvent du « bon » côté de la caisse, celui où l’on paye ! Eh bien, lui, il encaissait nos produits, le regard morose, un samedi soir vers 19h30, je m’en souviens. 
Alors, on réfléchit… Et on se dit qu’il n’y a qu’en allant voir ailleurs comment ça se passe qu’on réalise certaines choses… L’importance que revêtent certaines décisions, certains acquis précieux qui ne sont malheureusement pas éternels et plutôt voués à disparaître. Je les entends d’ici, les « C’est comme ça, le progrès, ma bonne dame ! » ou les « Faut vivre avec son temps ». Même si celui-ci n’augure rien de bon ? Au moins, comme ça, on a un avant-goût de là où va la France, et nous en l’occurrence. On peut me rétorquer de regarder dans le rétro mais c’est parce que, si je regarde à droite comme à gauche, j’ai l’impression qu’on nous offre le même scénario : celui de foncer tout droit dans le décor. Et ce décor-ci, c’est bien celui qu’Hollywood ne nous montre pas.    
             



drapeau-aborigene.jpgUn nouveau chapitre, plein de promesses et d’espoirs, vient de s’ouvrir dans l’Histoire du continent australien. En faveur de son peuple originel, les Aborigènes. Après tant d’années d’attente et de lourds silences, le Gouvernement a enfin fait ses excuses officielles à la Stolen Generation, la Génération Volée.

Le jour même où nous avons posé pieds et bagages en Australie, le 25 novembre 2007, avaient lieu les élections gouvernementales. Kevin Rudd, du Parti Travailliste, l’emportait et mettait ainsi fin au règne de John Howard et de son Parti Libéral, qui avait gouverné le pays durant deux mandats consécutifs.

 

Au gré de nos rencontres par le biais du wwoofing, nous avions pu comprendre, sans aucune difficulté, qu’une ère de promesses et d’espoirs s’ouvrait pour bon nombre d’Australiens. Cette ère même qui s’est cloisonnée dans notre chère vieille France patriarche et conservatrice un jour sombre de mai, cette même année…

 

Après deux mois et demi au pouvoir, le nouveau gouvernement tient une de ses promesses électorales et s’excuse publiquement auprès de la Génération Volée.

 

Entre 1910 et 1970, des milliers d’enfants aborigènes avaient été enlevés de leurs familles pour être placés (de manière préventive) dans des institutions religieuses ou dans des familles blanches. Ils y étaient ainsi « éduqués » et « civilisés », ce qui, en termes plus justes, revenaient en général, à être servants, voire esclaves, de ces familles « civilisées ». Certains ont été violentés, verbalement et physiquement, d’autres ont été violés, et l’Australie blanche, jusqu’ici, tentait d’enfouir dans les déserts arides de son continent, cet héritage plus que sombre et lourd.

 

Même le manifeste Bringing them home, proposé devant le Parlement en 1997 et recueillant les témoignages de bon nombre d’adultes de la Génération Volée, des témoignages si émouvants qu’ils ne peuvent laisser insensibles que les sans-âmes, ne suffisait pas à convaincre le vénéré Sieur Howard de la nécessité de prononcer ces cinq lettres pourtant si simples : Sorry.

 

Ce geste du Gouvernement Rudd est donc acclamé de toutes parts ou presque (car il faut toujours une opposition, non ? Et même si, pour le moment, il n’entend aucune compensation financière des dommages causés) et offre un nouvel espoir au sein des communautés aborigènes. Lesquelles se voient enfin, publiquement et noir sur blanc, octroyé le droit à l’égalité des chances au niveau de l’espérance de vie, du travail et de l’éducation. Et se voient enfin ouvrir une page prometteuse de l’Histoire australienne…

Aujourd’hui, les Australiens ont donc une raison d’être fiers du gouvernement qu’ils ont élus par leurs votes. Mais dix ans ont tout de même été nécessaires pour amorcer cette nouvelle ère plus humaniste. En espérant qu’il ne faudra pas encore dix ans à notre doux pays pour une prise de conscience collective. Et pour qu’enfin la France renoue avec son passé de patrie des droits de l’homme. Ou sera-t-elle éternellement vouée à se remémorer son aura évanouie dans des livres d’histoire poussiéreux ? Et se contenter pour palliatif indigeste de faire les choux gras de la presse people ? Depuis que le droit de vote existe, le peuple, seul, est maître (en partie) de son destin… 

Extrait du discours de Kevin Rudd devant le Parlement de Canberra:

For the pain, suffering and hurts of these stolen generations, their descendants and for their families left behind, we say sorry.

To the mothers and the fathers, the brothers and the sisters, for the breaking up of families and communities, we say sorry.

And for the indignity and degradation thus inflicted on a proud people and a proud culture, we say sorry.

 
Le Jour du Grand Pardon - 12 Février 2008 
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