A bicyclette…
Depuis Saïgon, dans le sud du Viêt Nam, nous avons rejoint le Cambodge il y a de cela deux jours. Atterrissage à Siem Reap, à huit kilomètres des Temples d’Angkor…
Dès le lendemain de notre arrivée, nous avions prévu de démarrer la visite des temples. C’était sans compter sur ma carte bancaire qui avait décidé, sans préavis aucun, de faire la grève. Ne nous restez donc plus qu’à prendre notre mal en patience jusqu’à ce que la situation se débloque.
Après moult ruminages, nous votions à l’unanimité la location de vélo (pas de motos ici, interdites aux touristes).
A peine eut-on dépassé le centre-ville qu’une piste de terre, nids de poule en sûs, venait nous narguer. C’était parti pour les chemins buissoniers…
Paillottes sur pilotis brinquebalants au dessus d’une rivière paresseuse. Dans l’eau, des gamins, fesses à l’air, piquaient une tête. Ou bien l’heure du bain avait-elle sonnée, comme en témoignaient ces femmes à la peau savonneuse plongées dans de grandes bassines ? Ou encore cet homme, fier comme un paon, de se faire gratouiller le dos à l’éponge par son épouse ?
La vie, ici, n’est pas coincée entre quatre murs, mais bel et bien libre comme le vent.
Elle est dans les rires tonitruants des hommes, attablés sous la bâche pourrie d’une cantoche. Elle est sur les marches de bois des maisons où se réunissent la famille, les voisins, les amis. Elle est dans le hamac suspendu aux pilotis, dans lequel somnolent un vieillard, un jeunôt ou encore un nouveau-né dans les bras de sa mère. Elle est dans ce gamin qui tient à la main un cerf-volant bricolé de bouts de bois et de sachets en plastique. Elle est dans le regard brillant et vif des vieux. Elle est dans cette gamine haute comme trois pommes, qui tente de nous suivre sur son vélo à une roulette, et finit par se vautrer gentiment. Elle est dans ces groupes de mioches qui courent derrière notre vélo, cherchent à le pousser pour nous aider et disparaissent dans un rire collectif. Elle est dans tous ces ‘Hello’ et ‘Bye bye’ échappés d’on ne sait où, qui ponctuent notre chemin.
La vie, ici, insuffle sa mélodie joyeuse. Elle sème ses ritournelles bon enfant. Elle nous prend aux tripes et nous fige un sourire béat d’émerveillement. La vie, ici, est simple et touchante. Comme une douce contine livrée au vent.