Place à Laurent

Le 25 Janvier 2008

Aux voyageuses 7

Ô voyageuses - pensez vous donc aux Anges ?

Les voyez vous tel que je les vois ?

Ils flottent dans l'air -

Ils nous voient nous affairaient -

Ils nous regardent pensivement -

Ils me sourient de leurs belles dents -

Peut-être ne les voyez vous pas,

Les yeux encore endormis -

Après le jeune de votre nuit -

Celui qui est assit sur le frigo -

Qui balance ses jambes -

Le regard plein de la malice d'un enfant -

Baillant et s'étirant - toutes ailes déployées -

Vous imitant - rêvant d'être comme vous -

Moi je les regardes tous aussi pensivement -

Je souris aux Anges -

Comme un idiot -

Peut-être les verraient vous -

A côté de vous - aux Anges - souriez !

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Soi, voilà la grande affaire du voyage. Soi, et rien d'autre. Ou si peu. Des prétextes, des occasions, des justifications en quantités, certes, mais en fait, on se met en route mû seulement par le désir de partir à sa propre rencontre dans le dessein, très hypothétique, de se retrouver, sinon de se trouver. Le tour de la planète ne suffit pas toujours pour obtenir ce face-à-face. Une existence non plus, parfois. Combien de détours, et pour quels lieux, avant de se savoir en présence de ce qui souléve un peu le voile de l'être? Les trajets de voyageurs coïncident toujours, en secret, avec des quêtes initiatiques qui mettent en jeu l'identité. Là encore le voyageur et le touriste se distingue radicalement, s'opposent définitivement. L'un quête sans cesse et trouve parfois, l'autre ne cherche rien, et, par conséquent, n'obtient rien non plus... Michel Onfray 



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Le 22 Décembre 2007

AUX VOYAGEUSES 3
Je vous dédie - ô voyageuses Une flamme poétique - Une chandelle - poétiquement - Mon inspiratrice - Rebelle au temps - Sablier brûlant - inversement - Ma verticalité épanouissante - Car tout comme moi - Vous brûler de vivre - Tout comme moi - Dans l'instant - Nous ne sommes pas fait, Pour nous consumer - Existence.

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A quel moment commence réellement le voyage? L'envie, le désir, certes, la lecture, bien sûr tout cela définit le projet, mais le voyage lui-même, quand donc peut-on le dire entamé? Dès la décision de partir et d'aller dans un endroit plutôt qu'un autre? Quand on ferme une valise, boucle un sac? Non. Car il existe un moment singulier, repérable, une date de naissance évidente, un geste signataire du commencement : dès le mouvement de clé dans la serrure de la porte de son domicile, quand on ferme et laisse derrière soi sa maison, son port d'attache. A cet instant précis débute le voyage proprement dis... Michel Onfray

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AUX VOYAGEUSES 4
Une hymme - ô voyageuses A nos vies qui se croisent, Se dècroisent à l'infini. Une hymme - nos âmes Ambitieuses flammes, Aux désir verticalisant, Avec - sans - Vertige de la grandeur Du monde. Ainsi par une nuit - Sur le sable blanc - Nous célèbrerons - Autour d'un buisson ardent, Toute la beauté du monde.

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Voyager à deux suppose l'élection. Rien de pire que le comparse obligé, le voisin débordant qui s'autorise d'une destination commune pour s'imposer. Pauvre de nous quand le parasite venu de nul part profite de notre solitude, et surtout de la sienne, pour nous infliger sa conversation, sa présence, son bavardage. Malédiction sur les groupes désireux de nous agréger à leur communauté indésirable parce qu'ils ne supportent pas un individu isolé, sans attaches manifestes et visibles. Voyager à deux permet de mettre à distance les indésirables écartés, tout autant que de choisir des individus réellement élus. Deux dispense des aléas de l'un et des inconvénients de plus... Michel Onfray

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AUX VOYAGEUSES 5
Dans vôtres bush ardent de vie Ô voyageuses - tout commence Par le monde du tout petit D'où jailli une fontaine de feu Germes bouillonnants - Dans l'insondable clarté du coeur Amour - clairvoyance - Dans vôtres voyage de respect Dans vôtres bush brûlant au vert Des créatures - des antipodes.

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Car du perpétuel flot et flux d'informations on ne retient jamais l'intégralité. Le voyage fournit en effet une occasion d'élargissement des cinq sens : sentir et entendre plus vivement, regarder et voir plus intensément, goùter ou toucher avec plus d'attention - le corps en émoi, tendu et prêt pour de nouvelles expérience, enregistre plus de données que d'habitude. Il se trouve moins englué dans le détail du journalier que soumis à l'épreuve phénoménologique : immergé dans le réel, il connaît par le jeu de l'intentionnalité et de la conscience, il expérimente l'être contraint à surgir comme événement et le néant où se trouvent relégués les déchets de la décision. Voyager met en demeure de fonctionner à plein sensuellement. Emotion, affection, enthousiasme, étonnement, interrogation, surprise, joie et stupéfaction, tout se mélange dans l'exercice du beau et du sublime, du dépaysement et de la différence... Michel Onfray

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AUX VOYAGEUSES 6
Ô voyageuses - où êtes vous donc passer? A bord de vôtre rougeâtre bolide - En feu â la pointe du jour - Un être de lumière vous attend, Dans l'azur il patiente - Pendant que vos mouvements, Ce fait sur le bitume assoifé - Il domine vos jours quand il ne sieste pas. La nuit une parenté le relais. Vous le chercher toujours? Vous n'aurez plus qu'a le fabriquer, De vos mains d'abeilles travailleuse. Cette étoile naine et capricieuse, Qui scintillera pour vous, De ses reflets blanc - jaune - Soleil.

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Difficile d'économiser les préjugés de son époque sur la diversité du monde, d'autant qu'ils procèdent pour la plupart d'un vieux fonds culturel délétère : l'esprit des peuples, le caractère des races, le tempérament des nations et autres considérations issues de l'anthropologie, du récit de voyage, de la philosophie politique, mais aussi d'une sorte de bon sens populaire rassis. Etrange comme on retrouve ces théories fautives autant chez Hegel écrivant sur le philosophie de l'histoire et cherchant les surgissements de la Raison dans le réel que chez Monsieur Homais rentrant de vacances à l'étranger armé pour tout bagage intelectuel de la piètre digestion d'un guide de voyage. Aller quelque part, c'est la plupart du temps se diriger au-devant des lieux communs associés depuis toujours à la destination élue... Michel Onfray

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Le 19 Décembre 2007

AUX VOYAGEUSES 2
Vous êtes nées - ô voyageuses Navigantes - En la même source. Semer parmi la même souche. Ainsi gorger du sang si riche, D'une culture vitaminée Que l'on retrouve - En Floride, en Californie - Méditerranée, en afrique du Sud - En Chine, En Australie. Ainsi donc, Amies voyageuses - Je pense que vous êtes nées, Sur les branches D'un oranger.                       

Le voyage commence dans une bibliothèque. Ou dans une librairie. Mystérieusement, il se poursuit là, dans la clarté de raisons précédemment enfouies dans le corps. Au commencement du nomadisme, donc, on rencontre la sédentarité des rayonnages et des salles de lecture, voire celle du domicile où s'accumulent les ouvrages, les atlas, les romans, les poèmes, et tous les livres qui, de près ou de loin, contribuent à la formation, à la réalisation, à la concrétisation d'un choix de destination. Tous les quartiers d'une bonne bibliothèque mènent au bon endroit: le désir de voir un animal extravagant, celui de cueillir une plante presque introuvable, l'envie d'apercevoir un papillon confiné, l'aspiration à une veine géologique dans une carrière, la volonté de marcher sous un ciel hanté naguère par un poète, tout conduit au point du globe dont nous portons aveuglément le signe... Michel Onfray

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Le 14 Décembre 2007

AUX VOYAGEUSES 1
Vous possédez-ô voyageuses Un bohneur de cheminement A deux-d'avoir l'une-d'avoir l'autre Pour toutes deux-chacune l'autre Le sable et le bitume La terre sous vos pieds L'esprit baigner d'un doux feu Vous pourriez- Si vous désiriez- Faire corps, Avec l'écume océanne- D'éternité.

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L'oeil sur la planisphère, on saisit d'abord mal les distances. L'échelle ne signifie clairement et distinctement qu'au acrobates en arithmétique, aux surdoués en calcul. Elle me fait songer au chiligone cartésien: concevable mentalement et globalement, certes, mais jamais dans le détail. J'entends bien intellectuellement un polygone à mille côtés, mais je n'en vois pas toutes les facettes. De même, je conçois bien l'éloignement du cap Horn et du détroit de Behring ou la signification d'un complet tour du monde, mais comment ne pas constater qu'en matière de géographie on bute sur les difficultés habituellement réservées à la théologie avec la question des noms de Dieu. De quelle façon dire le monde avec une carte qui se contente de le représenter et de le réduire à des conventions conceptuelles?. Immédiatement, on se trouve pris dans cet étrange paradoxe: le planisphère semble petit et vaste le monde, or l'inverse est vrai: le planisphère est vaste, et petit le monde pourtant. Car, nonobstant sa nature et son éloignement, tout endroit s'atteint désormais, modernité des transports oblige, dans des délais fort concevables. Les lieux anciennement les plus éloignés-l'Inde de Marco Polo, l'Afrique de René Caillé, l'Orient de Nerval, l'Oceanie de Bougainville-s'atteignent maintenant par des voies d'accès tracées sur les cartes définitivement débarrassées de leurs taches blanches. Toutes les destinations sont devenues possibles, comment élire un lieu? Que choisir? A quoi renoncer? Et pour quelles raisons? Dans les combinaisons pensables, laquelle préférer, et pourquoi?...

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Le 3 Décembre 2007
Au commencement, bien avant tout geste, toute initiative et toute volonté délibérée de voyager, le corps travaille, à la manière des métaux sous la morsure du soleil. Dans l'évidence des élèments, il bouge, ce dilate, se tend, se détend et modifie ses volumes.
Toute généalogie se perd dans les eaux tièdes d'un liquide amniotique, ce bain stellaire primitif où scintillent les étoiles avec lesquelles, plus tard, se frabriquent des cartes du ciel, puis des topographies lumineuses où se pointe et repère l'étoile du berger-que mon père le premier m'apprit-parmi les constellations diverses. Le désir de voyage prend confusément sa source dans cette eau lustrale, tiéde, il se nourrit bizarrement de cette nappe métaphysique et cette ontologie germinative.
On ne devient nomade impénitent qu'instruit dans sa chair aux heures du ventre maternel arrondi comme un globe, une mappemonde. Le reste développe un parchemin déjà écrit. Plus tard, beaucoup plus tard, chacun se découvre nomade ou sédentaire, amateur de flux, de transports, de déplacement, ou passionné de statisme, d'immobilisme et de racines.
Sans le savoir, certains obéissent à des tropismes impérieux, subissent les champs magnétiques hyperboréens ou septentrionaux, tombent côté levant, basculent versant ponant, se savent mortels, certes, mais s'expérimentent comme des fragments d'éternité destinés à se mouvoir sur une planéte finie-ceux là vivent de manière semblable l'énergie qui les travaille et celle qui anime le reste du monde ; tout aussi aveuglément, d'aucuns éprouvent le désir d'enracinement, ils connaissent les plaisirs du local et la méfiance à l'endroit du global.
Les premiers aiment la route, longue et interminable, sinueuse et zigzagante, les seconds jouissent du terrier, sombre et profond, humide et mystérieux. Ces deux principes existent moins à l'état pur, à la manière d'archétypes, qu'en composantes indiscernables dans le détail de chaque individualité... Michel Onfray


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Le 2 Décembre 2007
Il pleut en moi, la pluie ruisselle, ruisselle, goutte à goutte elle s'échappe du souvenir. En moi un océan tangue, tangue, ô, si profond, d'une si insondable noirceur, pour jaillir soudain, blanc de neige, comme des léopards des neiges, dressés de toute leur hauteur, lacérent de rage les falaises de l'âme puis disparaissent de nouveau avec un sifflement d'éternelle rage saumâtre. Il est furieux, le viel océan au coeur de l'homme.


Pour contacter Laurent : laulk@hotmail.fr
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