Van wanted!
A dire vrai, notre objectif principal à ce jour est de trouver un van rapidement afin de pouvoir quitter la ville, travailler et entamer notre projet. Commencer à chercher du travail ici serait un piège et nous enfermerait dans une spirale que l'on veut à tout prix éviter.
Tous les jours, donc, nous nous rendons au parking souterrain juste à côté de l'hostel. Nous savions que le quartier de Kings Cross était fameux pour son marché aux vans mais on ignorait totalement qu'on y serait si proche. 
Quelle aubaine! On y va deux, voire trois fois par jour. Le matin, après le petit déj', en début et en fin d'après-midi. Chaque visite est propice: le matin car nous sommes les premières (et souvent même avant que les vans arrivent!); en début d'après-midi car d'autres vans se sont ajoutés et en fin pour voir les invendus et négocier.
Pour le moment, à vrai dire, ces visites sont restées bien infructueuses, ceci étant dû à l’offre assez restreinte en cette période et à la demande plutôt élevée… Ah ! Cela nous renvoie à nos années lycée et ses cours d’économie, à la théorie de Marshall… Passons, nous sommes ici dans la réalité et elle nous est plutôt défavorable.
Nous avons d’ailleurs plusieurs petites anecdotes sur la journée d’hier…
Elle a débuté de manière bien conventionnelle. Après le petit déj, visite au Car market d’à côté. Rien dans nos prix, rien qui ne nous intéresse vraiment.
La veille, nous avions pris quelques annonces sur un site Internet, plus une d’une espèce de mécano, David, rencontré dans la rue qui nous avait annoncé, de manière prophétique : « Méfiez-vous des beaux parleurs ! Méfiez-vous des gens qui parlent plus fort que les autres ! Et ne vous arrêtez pas à l’intérieur du van. L’important, c’est la mécanique ! ». Oui, oui, nous ne pouvions qu’être d’accord avec lui, mais avec les brèves notions de mécanique que sont les nôtres, je crains que nous n’allions pas bien loin… Il poursuit : « Prenez cette annonce. C’est un bon véhicule, pas aménagé mais vous pouvez le faire pour une centaine de dollars. Il est à 4000… ».
Ce pseudo-prophète avait croisé notre chemin juste après que nous avons couru derrière un van jaune qui faisait le tour de la rue avec une pancarte « To sale ». Un vrai coup de foudre ! Véhicule récent, intérieur impeccable, lino neuf au sol, aménagement parfait… Le seul point noir, son prix. 7995 dollars ! Pas pour nous, pas pour le moment en tout cas.
Revenons-en à notre journée d’hier… Après le car market, quelque peu dépitées, nous faisons un tour dans les auberges de la rue Victoria, pour glaner les petites annonces sur les murs.
A défaut d’une annonce, nous rencontrons un Néo-Zélandais, ancien joueur de rugby à Toulouse, reconverti en tenancier d’auberge et compositeur à ses heures perdues. Il nous parle de David le mécano (le prophète de la veille) et nous demande si on peut lui rendre un service : « Je dois écrire une chanson en français mais je ne sais que le parler. Est-ce que vous pouvez me la mettre sur papier ? ». Nous voici donc passées du statut de chercheuses de van désespérées en assistantes compositrices improvisées !
De retour à l’auberge, nous prenons la décision de contacter les meilleures annonces prises sur le net. Premier appel : l’annonce de David, le mécano-prophète. Rendez-vous fixé près du car market une demi-heure plus tard.
Deux hommes d’un certain âge nous attendent. Pas des backpackers donc… Le van est dans nos prix, mais pas aménagé comme convenu. On en fait le tour, on hésite. Les vendeurs nous demandent si on veut l’essayer. Pourquoi pas… Mais avant même qu’on ait eu le temps de répondre, un gardien du parking arrive en leur ordonnant de ne pas stationner là. « Pour quelle raison ? Je connais les lois, c’est un espace public ! », argue l’un de nos vendeurs. La tension monte, pas trop du côté de l’employé du parking qui garde tant bien que mal son sang froid. Mais plutôt du côté de notre bonhomme : « Je suis dans ce pays depuis plus longtemps que toi, fucking bastard. Ne me dis pas ce que je dois faire !!! ».
Nelly et moi nous jetons un regard quelque peu inquiet ; elle se penche à mon oreille et me souffle : « Je négocie pas avec un mec qui pète un plomb comme ça ! ». Je lui réponds de même. L’altercation passée, nous les remercions de leur déplacement et déclinons leur offre. Ils finissent par partir en claquant leurs portes.
Sur ce, l’employé de parking nous fait signe de venir. Il nous met en garde contre ce genre d’énergumènes qui vendent au black. A vrai dire, ce n’est pas aussi simple que ça. Le réseau de vente est assez complexe : il y a le car park de Kings Cross qui dit que les vendeurs indépendants sont des arnaques ambulantes, qui eux disent qu’il ne faut pas se fier au car park… Qui croire alors ? Chacun fait montre d’arguments qui se défendent...
Un de ses collègues nous lance : « J’ai vu un van pas mal dans la rue. Il est à 5000 et des poussières. Il a l’air correct, le mec m’a appelé et il doit passer au Car market. Attendez un instant… ». Il se saisit de son portable et l’appelle. « Il est au Mac Do. Allez-y de suite ».
Aussitôt dit, aussitôt fait, nous voilà près du burger shop. Et là, qui arrive ? Le mécano-prophète qui nous tance violemment : « Arrêtez de chercher ! Vous trouverez rien dans vos prix ou une grosse merde ! Allez, cassez-vous ! ». Merci de l’accueil, on repassera !
Heureusement qu’on ne se laisse pas abattre si facilement. D’ailleurs, trouver un van correct à 4000$, c’est difficile mais possible, on en est persuadées. Et c’est pas une espèce de pseudo-mécano-prophète mais vrai con qui nous fera croire le contraire !