Nyah, Two Bays Caravan Park (North Victoria)

Publié le par Laetitia et Nelly

C’était bien du fruit packing qui était convenu… Pourtant, lorsque nous sommes arrivées dans le fin-fond du Victoria, vers Swan Hill, le manager du caravan camping, Jim, nous a indiqué qu’on allait faire de l’onion picking.

Après avoir traversées des centaines de kilomètres de route longiligne à travers le désert, l’inhospitalité du lieu est ce qui nous a frappé en premier. Des espèces de mobile-home dans lesquels on s’entasse comme des bestiaux, un Jimmy acariâtre, expéditif, caricatural à l’image d’un personnage de séries B. Accompagné de Debbie, faux-air de frangine de Marge Simpson, la clope au bec pour forcer la ressemblance. On s’est de suite senties comme chez nous ! Qu’est-ce qu’on était venir faire là ? De l’onion picking apparemment. Et à 5h30 qui plus est !

 

Le champ d’oignons était bien loin du camping et il nous a fallu une bonne heure pour enfin y parvenir. L’étendue du dit-champ nous a quelque peu effrayé. On nous a distribué des couteaux et expédié fissa couper les fleurs. « Les toilettes sont là. Ceux qui veulent y aller, c’est maintenant ! », nous a tonné notre supervisor. C’était un homme d’une quarantaine d’années, d’origine incertaine, Saoudien peut-être. Il ne lui manquait que le fouet pour nous asséner des coups ! Les 3h30 travaillées ont été ponctués de ses cris de tortionnaire « Go, go ! Move ! Quick ! » qui en frôlaient le ridicule et le pathétisme. En tout cas, cette situation nous a ramené en des temps reculés, en une période que nous n’avons fort heureusement pas connu, dans les champs de coton des Etats-Unis, fin du 19ème. Ou, bien plus proche de nous, ces mêmes champs en Amérique du Sud, où se crèvent à la tâche de pauvres paysans sans terre sous le joug de leur propriétaire. 

 

A la première pause, nous nous sommes rendues compte que nous avions oublié notre déjeuner ! Alors, lorsque le bourreau nous a annoncé, à 10h, que nous allions changer de champ et que ceux qui voulaient rentrer pouvaient le faire, on a sauté sur l’occasion. On n’aurait jamais tenu ce rythme sans manger jusqu’à 17h !

 

Nous sommes arrivées à Two Bays Caravan Park fourbues, désemparées et, surtout, parfumées à l’oignon ! Une odeur si tenace qu’elle en imprègne encore nos vêtements après le premier lavage !

DSC-0133.JPG Vue du Caravan Park et de son ciel enchanteur

Complètement anéanties par cette première expérience et déprimées par la froideur de notre lieu, on s’est demandées ce qu’on pouvait faire d’autres. On n’était aucunement liées à cet endroit, on était libres de partir dès que bon nous semblait. On pouvait aussi mettre les points sur les i et aller voir Jim pour lui dire qu’on était venues ici pour du packing. Cette deuxième alternative nous paraissait plus appropriée. On n’a pas eu vraiment besoin de la mettre en œuvre puisque Jimmy est venu nous voir le soir même pour nous demander comment ça s’était passé. On lui a dit qu’on voulait faire du fruit packing et il nous a répondu que c’était peut-être possible mais qu’il fallait des gens bosseurs et motivés. Je lui ai rétorqué qu’on était bosseuses mais que ce n’était que des paroles et qu’on pouvait le lui prouver. Ce à quoi il nous a répondu qu’il allait nous mettre dans deux fermes différentes, tout en nous prévenant que c’était un job difficile et que beaucoup de filles abandonnaient dès le premier jour.

 

Le lendemain, on était prêtes pour prendre le bus à 6h15 et nous rendre dans nos fermes faire du packing.

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Publié dans Carnet de Route

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