Hygiène du berry picking, Silvan (Victoria)
Vous croyez tous que nous sommes au paradis ici, que tout est idyllique et se déroule à merveille. Et bien, nous allons démystifier tout ça et vous faire voir l’envers du décor… Ensuite, on vous parlera de cet écrin somptueux qu’est la Tasmanie. Mais après seulement…
Avant d’embarquer pour la Tasmanie, nous avions besoin de nous faire un peu d’argent pour profiter au mieux de nos premiers jours sur place. Nous avons donc renfiler nos vêtements faisandés à l’oignon (du picking, souvenez-vous) et nous sommes lancées dans la cueillette de blueberries et raspberries. D’ailleurs, jusqu’à ce jour, nous avions toujours eu du mal à différencier ce qu’étaient en français les blueberries, les raspberries et les blackberries. Maintenant, on sait, mais à quel prix !
Rod, grand type blond citadin déraciné à la campagne, nous a donc accueilli dans sa ferme un jeudi en fin d’après-midi. Il nous a succinctement présenté la propriété, les champs et le travail en soi, nous précisant bien que la cagette était payée 5 dollars. Une cagette se compose de huit barquettes de 150 grammes (enfin, vendues en tant que tel mais que l’on devra remplir de 190 grammes lors du picking) et cela nous paraissait plutôt correct et faisable.
Ne sachant pas vraiment où dormir, nous avons donc demandé à notre bienfaiteur s’il était possible de rester sur ses terres. Il nous a gentiment répondu que oui mais à la question « Est-ce qu’il y a une douche ? », il a hoché la tête de gauche à droite. Mais peut-être que… Il était toujours possible de se laver dehors, là où le cheval venait faire ses ablutions. C’était une espèce de tuyau en caoutchouc accroché à une tige métallique.
Pour vous donner une idée précise, nous avons quelques preuves en images.
Le fait est que, durant cette semaine de travail, il n’a pas fait vraiment chaud, hormis une seule journée. Tant mieux pour le picking, mais pour la douche… Avouons-le, elle était glaciale ! Après une journée de travail de 11 heures, les fringues crasseuses, les mains et les pieds bleus (on a aussi des preuves en image), les genoux tout rouges car les fruits écrasés traversaient le pantalon, le rêve aurait été de se laver.
| | |
En fait, autant on en rêvait, autant on rechignait, voire larmoyait, à l’idée d’aller ne serait-ce que passer le gros orteil sous cette eau glacée. Une fois, et une fois seulement, notre hôte a pris pitié de nous et nous a offert de nous doucher chez lui. Quelle délivrance !
Voilà pour le côté hygiénique de la chose. Venons-en à présent au côté pragmatique, le travail en lui-même. La première matinée a commencé dans les champs de framboises (raspberries, pour ceux qui auraient les mêmes soucis de distinction que nous). Tous nos beaux espoirs financiers se sont vite évaporés. Il n’y avait pratiquement aucun fruit ! Tant et si bien que, par heure, nous faisions deux cagettes, soit 10 dollars de l’heure. Heureusement, l’après-midi, nous quittions les étendues désertiques de framboises pour les vallées ondoyantes de mûres. Des mûres partout, si bien qu’il paraissait presque impossible de finir une rangée ! Le paradis du picking s’offrait à nous !
Nous sommes restées chez Rod une semaine. A la fin de chaque journée, nous faisions l’état de nos finances pour savoir combien nous avions (durement) gagné. Lorsque la paye nous a finalement été versée, il nous manquait à chacune 120 dollars par rapport à nos calculs. 120 dollars, ça représente 25 cagettes, une journée de travail, 11 heures de dur labeur, et on vous passe le tout en minutes…
On est donc allées voir Rod pour lui dire qu’il devait y avoir une erreur. Non, l’erreur provenait d’une petite omission volontaire de sa part : comme les mûres étaient plus abondantes et plus faciles à cueillir, elles étaient payées, non pas 5 dollars comme annoncées, mais 3,80 ! Ah la dernière douche froide fut de loin la pire !