Fantômes, etc.

Publié le par Laetitia et Nelly

Il y a quelques semaines de cela, nous vous parlions de Sandra, rencontrée dans sa maison-boutique-galerie, la Bankhouse Manor, à Derby. Nous nous étions promises de revenir l’aider dans ses multiples tâches. Nous sommes donc retournées chez elle, pour de bon cette fois-ci, mercredi dernier. Depuis lors, son jardin est notre terrain de travail : nous bêchons, remuons la terre, ramassons des pommes et des poires, mettons du foin, aménageons ses plates-bandes… De vraies petites fermières-paysagistes !

Avant de nous rendre à Derby, nous quittions les splendides plages de la Bay of Fires sur la côte est pour pénétrer dans les terres. Comme cela a déjà dû être mentionné dans l’article précédent,  Derby est une petite ville située dans une ancienne région minière qui employait bon nombre d’immigrés chinois de la péninsule de ……

Cette exploitation minière, mêlée à la réverbération de la lumière sur les parois, a donné naissance au Blue Lake, un lac d’un bleu turquoise particulier et loin d’être naturel. Comme nous en avions pu admirer des photos splendides dans les brochures, une halte s’imposait.

Effectivement, la couleur était impressionnante… Mais quelque chose là-bas nous laissait une impression plutôt dérangeante. Peut-être les cadavres de canettes qui jonchaient le site… L’atmosphère, en tous cas, était lourde et oppressante. Et, même si nous étions les seules et que tout était désert alentour, c’était comme si l’endroit était habité. Peuplé des fantômes des anciens mineurs…

La route elle-même, qui nous avait paru hospitalière à l’aller, nous semblait grise et lugubre. Des étendues de sable blanc que nous avions laissé dernière nous, nous pénétrions dans un monde éteint au passé lourd.

Heureusement, à l’arrivée, il y avait le sourire et la bonne humeur de Sandra, toujours optimiste et combative. Elle nous racontait ses cinquante ans fêtés à Paris et comment elle aurait voulu s’y rendre de nouveau pour ses soixante. Son agenda chargé ne le lui avait pas permis mais elle s’extasiait devant le fait que, deux ans plus tard, c’est la France qui venait à elle sous la forme de deux jeunes Françaises. En effet, le lendemain de notre arrivée, elle entrait dans sa soixante-deuxième année.

DSC_0300.JPGNotre hôtesse, Sandra


Comme elle nous l’avait promis, elle nous laissait la chambre dont la porte était proche du musée réservé aux mineurs chinois. La journée, tout cela nous était apparu merveilleux. Mais, à la nuit tombée, l’atmosphère du manoir prenait une autre dimension. Un peu plus inquiétante, dirons-nous…

Lorsque, la première soirée, une porte à l’étage se mit à grincer comme sous l’effet d’une main qui la pousse, notre hôtesse nous regarda, amusée, et nous gratifia d’un : « Ne vous inquiétez pas, les fantômes ici sont gentils ! ». Pour une entrée en matière, nous étions plutôt plongées directement dans le vif du sujet.

Dans la chambre au mobilier XIXème siècle qui était la nôtre, la lampe de chevet distillait la même lumière tamisée que si nous attendions la visite morbide d’une âme damnée et condamnée à l’errance éternelle. En l’allumant, un petit rire nerveux s’est certainement échappé de mes lèvres et Nelly de ponctuer : « Au moins, c’est rassurant ! ».

CSC_0034.JPGLA chambre en question

Je me réveillais pendant la nuit, le vent soufflait fort et venait taper au carreau. Malgré ces conditions et cet intérieur très hitchcockiens, je me faisais la surprise de me rendormir sans trop de mal… une heure peut-être et me réveillais de nouveau. Plus un bruit… Avais-je rêvé ?

Mon esprit rationnel et empirique m’a malheureusement quitté un beau jour de lycée, lorsque j’avais décidé que les maths n’étaient pas mon fort et que je préférais de loin les matières littéraires. Ce qui a accru mon imagination déjà bien ancrée par des années de lecture assidue.

Mes oreilles étaient à l’affût du moindre bruit et mon esprit les interprétait à sa guise. Et, comme dans toute habitation ancienne, ce n’étaient pas les bruits qui manquaient ici. Le plancher craquelait, les portes grinçaient, le vent pénétrait à travers les cloisons.

Avais-je donc rêvé ce vent ? Je m’agitais tant et si bien, au rythme de mon imagination débordante, que je finissais par réveiller Nelly. C’est alors qu’une voix d’outre-tombe résonna en bas et me glaça les sangs. Je suppose que pour Nelly, l’effet fût identique un court instant, même si elle ne l’avoua jamais. « Go away ! » nous disait cette voix. Sandra parlait en dormant, c’était rassurant !

Le matin se leva sur une autre journée ensoleillée. Cette bâtisse perdait comme par magie son aspect lugubre – que je m’étais certainement inventée – sous l’effet de la lumière du jour. Mais le cycle d’une journée est ainsi fait qu’il est suivi d’une autre nuit…

Lorsque, le soir suivant, je demandais à Sandra si je pouvais me servir de son téléphone, elle accepta et me conseilla d’utiliser plutôt celui de la boutique.

DSC_0055.JPGIntérieur - boutique

Je montais donc les escaliers qui se mirent à grincer sous l’effet de mes pas et me rendis dans la boutique éteinte, au milieu des artefacts chinois. Ma communication avec la France et ma chère maman se passa sans que mon imagination me joue des tours.

Mais, lorsque je raccrochais et m’approchais de la chambre, le son du piano me parvint. Des fausses notes s’en échappaient e je me dis que les fantômes n’étaient peut-être pas mélomanes. A pas feutrés, je priais pour que le fauteuil ne soit pas vide et que les touches ne s’agitent pas d’elles-mêmes. « Pourvu que ce soit Nelly… ». Vous l’aurez deviné, c’était bien elle !

Le soleil, à présent, ne va pas tarder à se coucher, tout comme nous. Et nous nous préparons à entamer notre troisième nuit dans ce lit pourtant si accueillant et cette maison si hospitalière. Qui sait quel tour va encore me jouer mon imagination ?

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Publié dans Carnet de Route

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