Rednecks vs Greenies

Publié le par Laetitia et Nelly

Malgré les pronostics qui s’annonçaient catastrophiques, nous avons eu raison de tous les oracles qui avaient prédit notre chute et sommes plus que jamais ensevelies sous les navets en voici en voilà…

Tout d’abord, petit condensé de notre travail dans les champs : celui-ci consiste à extraire ces énooormes germes de navet de sous la terre puis de leur couper la tête et les jambes, autrement dit les racines et les feuilles. Bilan après le premier jour de travail : pas si dur que ça, on a vu bien pire au niveau du picking ici, par contre, mal aux bras, à la paume et aux doigts. Il nous semblerait même que nos doigts ont grossi. Espérons que ce ne soit qu’un effet d’optique !

Concernant la première impression que nous avions eu à propos des gens présents sur le champ à notre arrivée, celle-ci s’est malheureusement avérée en partie vraie. En partie car beaucoup sont attendrissants et très sympathiques. Mais d’autres sont un peu rustres, « d’autres » à entendre au féminin.

Difficile ici de faire le différence entre les oestrogènes et la testostérone. Les femmes se tiennent comme des hommes, agissent comme eux, fument à la Calamity Jane, leur clope au coin des lèvres, brandissent leurs outils de travail comme de vraies bûcheronnes, ponctuent leurs phrases, voire leurs mots, de « fuck » à tout va. En résumé, elles sont un peu effrayantes, surtout une scie à la main !

Et puis, quand tu parles français, que tu as une nana d’une cinquantaine d’années à tes côtés qui t’imite comme pourrait le faire une gamine de 8 ans - « Gnagnagnagnagna » - et qu’elle finit par lancer « That sounds shit ! » en parlant de ta langue maternelle, tu te demandes vraiment dans quel univers parallèle tu as atterri ! Tout ça pour quelques kopecks et pouvoir poursuivre l’aventure un peu plus loin…

Les conversations « de bureau » tournent ici autour de la beuverie de la veille, de l’alcool qu’on va ingurgiter le soir, et de la bière fraîche qu’on boirait bien sous le soleil en travaillant. C’est bien le genre de conversations qu’on pourrait avoir, ne nous le cachons pas, mais pas la seule ! Surtout quand la moyenne d’âge avoisine les 40 ans et pas les 20 !

C’est le côté obscur de l’Australie que l’on découvre ici, celui caché au regard des touristes, enfoui dans les terres inhospitalières. C’est l’Australie de ce qu’on l’on nomme ici, péjorativement, les Rednecks, à cause des coups de soleil que cette partie de la population la plus défavorisée affiche sur les bras, le visage, et surtout le cou. On ne se protège pas ici, les crèmes solaire indice 30 et le trou de la couche d’ozone, c’est pour les nantis, les bien-nés. C’est pour ces satanés Greenies !

On s’oppose par couleurs, vert et rouge, Greenie et Redneck. Sur les voitures, on affiche son appartenance à un camp ou à l’autre : « Save Tassie’s Forest » (Sauvons la forêt tasmanienne) ou « No Pulp Mill » (« Pas de Pulp Mill », slogan relatif à un projet de créer une grande scierie en Tasmanie, destinée à exporter aux pays asiatiques, projet auquel les Verts s’opposent depuis des années et qui est sujet à un débat de société ainsi que politique et économique plutôt houleux. Un prochain article devrait suivre sur le sujet) pour les uns, « Greens say lies » (« Les Verts disent des mensonges »), « Save a tree, shoot a possum » (« Sauvez un arbre, tuez un possum ») ou « Pulp Mill : Our jobs, Our future » (« Pulp Mill : notre travail, notre avenir ») pour les autres. D’un côté, vous l’aurez certainement compris, les activistes écolos, de l’autre les défenseurs de l’exploitation forestière.

Il y aurait tant et tant de choses à dire sur le sujet, comment l’hérédité socio-économique joue ici, comment les plus mal-lotis resteront toujours les plus mal-lotis et les moins-éduqués à moins d’une belle opportunité provoquée ou d’un miracle ou, mieux encore, d’une société qui marcherait en bonne et dûe forme. Mais nous frôlons ici le politique…

Et j’ai ce refrain qui me résonne dans la tête : « Etre né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard ». (Oui Maxime si tu nous lis ... Laetitia est un vrai karaoké ambulant ces derniers temps ) ... (Manque d'amis peut être...)

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Publié dans Carnet de Route

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