They’re singing in the rain

Publié le par Laetitia et Nelly


Ici plus qu’ailleurs, le trou dans la couche d’ozone est une réalité de tous les jours. Ici plus qu’ailleurs, l’eau est une denrée d’autant plus précieuse qu’elle en est rare.


On n’a jamais vu de par chez nous une demi-page d’un quotidien renommé (The Age, mon préféré) réservé aux millimètres de précipitations tombés ces deux derniers jours sur Melbourne et ses environs et au taux de remplissage des réservoirs d’eau de la région, graphiques à l’appui.

On n’a jamais vu ça car la France n’entend que parler du problème de l’eau sans le vivre réellement. Du coup, les Français dans leur grande majorité ne se sentent pas concernés, sauf lorsque la télévision diffuse un reportage sur le manque cruel d’eau en Afrique par exemple.

Pour tenter de pallier à ce problème, beaucoup de citoyens ici ont choisi de s’équiper de leur propre réservoir d’eau, leur « tank water ». Certains uniquement pour l’arrosage du jardin et le nettoyage de leur voiture par exemple, d’autres pour tout. Tout, c’est-à-dire l’évier, les toilettes, la machine-à-laver…

C’était le cas chez Tess et Lloyd, deux de nos hôtes Wwoofing près de Melbourne. Dès l’arrivée, ils nous avaient mis en garde sur le fait que la maison était alimentée par des réservoirs et nous avaient donc prévenu de ne pas tirer la chasse d’eau à chaque fois, de faire attention en prenant sa douche, de conserver l’eau lorsqu’on lavait la vaisselle car elle pouvait servir à arroser le jardin, de récupérer l’eau froide qu’on laisse couler en attendant qu’elle se réchauffe dans une caraffe car elle servira de boisson par la suite.

Du bon sens finalement et des choses auxquelles on ne pense pas lorsqu’on n’a pas conscience de dépendre de l’environnement et des précipitations pour s’alimenter.

Revenons-en à l’article de The Age. Les rédacteurs se réjouissaient de la pluie tombée les jours derniers dans certaines parties du Victoria. Et il n’y a pas qu’eux. Les agriculteurs, bien entendu, sont ravis. Mais également le moindre quidam car presque tout le monde ici a conscience que l’eau est un souci, un des défis majeurs qu’aura à relever le 21ème siècle.

Imaginez-vous donc un jour, après vos huit heures ou plus de travail quotidien, rentrer chez vous et constater que de votre robinet ne sort plus une goutte d’eau. Pas de dîner, ni de douche ou de machine-à-laver. Pas de petit noir le matin, ni de brossage de dents !

Par ailleurs, du fait de ces réservoirs alimentés par l’eau de pluie, il est bien difficile de trouver de l’eau potable. En général, un panneau prévient celui qui s’aventure : « No drinking water », « Not suitable to drink ». Dans beaucoup d’endroits, l’eau n’est pas traitée et il faut la bouillir (ou « l’ébouillanter » selon le dictionnaire de langue nellyesque, version 2008 !) au minimum trois minutes avant de pouvoir l’utiliser.

A l’entrée de chaque ville également, la vigilance est de mise : aux côtés du panneau mentionnant le nom de l’endroit se trouve accolé celui indiquant « Water restrictions applied » (Les restrictions d’eau s’appliquent).

Dernier point et non des moindres, l’eau est également une cause majeure de dissension entre Etats comme en atteste le problème de la Murray-Darling river. La Murray River, fleuve le plus important d’Australie, est le sujet d’un plan de sauvetage, menacé qu’il est par l’utilisation de ses eaux pour l’irrigation agricole. Trois Etats en dépendent : le New South Wales, le Vicoria et le South Australia où nous nous trouvons actuellement, un des Etats les plus arides du continent.

Tous trois se disputent les hectolitres d’eau pompés et qui menacent le fleuve de salinisation. Il s’agit d’un problème géo-politique de grande importance ici.

Tout cela nous ramène à nous-mêmes et à notre situation quotidienne : nous vivons avec deux bidons d’eau de dix litres chacun, eau potable dans le meilleur des cas, non-potable en règle général. Il ne nous a guère été difficile jusqu’ici de trouver des points d’eau, bien plus difficile de trouver des douches et cette trouvaille nous rend à tous les coups plus qu’heureuses. Mais plus notre route nous mène vers l’ouest et le nord, moins l’eau va être facile d’accès.

En définitive, on ne se rendait pas compte auparavant, du fait de sa supposée abondance dans l’Hexagone, que l’eau est un bien précieux qu’il faut savoir chérir et conserver. Voilà un des apprentissages qui jalonne notre chemin.

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Publié dans Carnet de Route

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