Les torchons et les serviettes...
Le 24 avril, nous jetions l’ancre dans cette ville au nord de l’Australie Occidentale, Broome, non sans mal et sans frayeur. Notre dévoué van nous y a conduit cahin-caha, broutant au passage et le moteur en ébullition. Le feu aux fesses, comme on dit, je signalais à ma pilote que le siège était plutôt bien chaud. Pour qui l’ignore, le moteur, dans un van, se situe sous le siège passager. Stoïquement, elle me répondit qu’il n’y avait rien de plus normal puisque l’on roulait depuis des heures sans s’arrêter sous une chaleur frôlant les 40 degrés. Ses paroles eurent le don de m’apaiser mais pas de refroidir mon postérieur.
Le lendemain matin, je pris le volant pour quitter le camping où nous nous étions perdues. La veille, voulant éviter les aires de repos glauques, l’idée nous était venue de prendre une piste sensée mener à la mer. De mer, nous n’en verrons pourtant jamais la couleur. Il nous fallut environ une heure de trajet (23 kilomètres à 30 km/h, si mes calculs sont bons…) pour venir à bout de cette route digne du Paris-Dakar. Vous auriez dû nous voir dans cette poussière rouge, seules, déraper sur la piste et le soleil se coucher vite, très vite. Si bien qu’à la nuit bien tombée, nous arrivions en bout de piste et la seule alternative se présentant à nous était un camping au milieu de nulle part. Il faudrait en plus payer pour cette route cahotique et quelque peu flippante que nous venions de prendre.
Donc, le lendemain, je reprenais le volant pour le trajet inverse. Juste après la piste, le van se mit à brouter et à décélérer. Nous étions à 300 kilomètres de la ville la plus proche, ce qui signifiait à peu près autant de dollars de remorquage. On aéra un peu le moteur bien chaud, ajouta de l’huile et repartit à vitesse de croisière et guère rassurées.
Il tint bon jusqu’au bout et Broome nous accueillit dans sa chaleur moite tropicale, avec palmiers, cocotiers et baobabs. Pourtant, le répit de quelques jours touchait à sa fin : il ne nous restait plus qu’à conduire le van au garage et à trouver un job pour payer l’addition et surtout renflouer les caisses.
Au bout de quelques jours à errer sous une chaleur tellement pesante que le moindre des mouvements se transformait en supplice et par le plus grand des hasards, notre recherche prenait fin. Dans une eau très chaude (pour preuve, voir la photo ci-dessous), et parmi les vagues, nous rencontrions le surnommé Julio (pour Julio Iglesias), un Casanova sur le retour qui nous mettait en relation avec une de ses amies en pénurie d’employés.
Deux jours plus tard, l’affaire était pliée, nous commencions notre nouvelle mission. Et quelle mission ! Nelly au Plaza, moi au Boulevard, nous étions chargées d’assurer la maintenance de deux centres commerciaux. En d’autres termes, récurrer les toilettes publiques et faire la chasse aux papiers clandestins, aux canettes explosées au sol, aux miettes de déjeuner qui ont loupé l’estomac… Le summum de notre brève carrière était désormais atteint.
On peut vous avouer que le premier jour, notre estime de soi était quelque peu entamée. Mais la paye, plutôt intéressante par rapport au picking, et le fait que cette mission n’était que temporaire, tout cela prit vite le dessus sur le reste.
D’ailleurs, le nom en lui-même n'était-il pas déjà un présage? Broom(e), en anglais, ça veut aussi dire balai…