Petites déconvenues pas bien méchantes
Comme on a toujours des petites anecdotes planquées dans un recoin de notre caboche, et comme, lorsqu’on est à cours de celles-ci, on se fait un malin plaisir à en provoquer des belles, des grandes, des époustouflantes rien que pour votre plaisir, on va donc les partager en exclusivité avec vous.
Tout était merveilleux… Le soleil brillait haut dans le ciel (mais ça, c’est pas nouveau. Enfin… pour nous), les oiseaux, perchés dans les branches, nous sifflaient des airs australiens, nous batifolions dans les sources d’eau chaude de la région, les cascades et les gorges de Litchfield National Park nous offraient des moments de détente et de relaxation inoubliables.
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Dans les Hot Springs de Katherine
En bref, nous profitions tout bonnement de l’oisiveté que nous offraient nos premières vraies journées de vacances, loin de tout souci d’argent et de boulot pénible à accomplir.
Oui mais voilà… Comme nous sommes ce que nous sommes, il fallait bien que l’on en combine une bonne, comme dirait ma chère mère.
Nous avions trouvé une place dans un camping de Litchfield, un parc national au sud-ouest de Darwin, juste à côté d’une chute où l’on pouvait patauger sans se soucier des crocos. Le site était également occupé par un couple d’Australiens la cinquantaine finissante.
Cascade à Litchfield NP
Lorsque nous retournions de nos ablutions nocturnes, prêtes à aller nous coucher (y devait bien être 20 heures…), les flammes crépitaient et nos Aussies nous invitèrent à partager la chaleur de leur feu de joie. Nous refusions poliment, sous prétexte que nous voulions aller nous coucher tôt.
Sur ces belles paroles et un échange de Good nights, Sleep well entendus, Nelly claqua le coffre. Dans l’impossibilité d’arrêter son geste, elle me regarda, l’air piteux et la parole confuse : « J’ai fermé le coffre… ». Nous savions toutes les deux ce que cela voulait dire : les clés étaient restées à l’intérieur et toutes les portes étaient fermées. Toutes, sauf une : la porte latérale qui ne s’ouvrait que de l’intérieur malgré les bons soins de Jérémie (oui, si tu nous lis, la serrure a relâché au bout de quelques jours…).
On tenta tout ce qui était possible et inimaginable : abaisser les vitres, faire levier sur la porte latérale, la voisine essaya même ses propres clés de voiture dans nos serrures.
Rien n’y faisait, il fallait donc se résoudre à l’irréparable. C’est Nelly, encore, qui l’annonça : « Bon, ben… On va casser la vitre… ».
On a laissé au monsieur d’à côté le soin de donner les trois coups de marteau décisifs, ceux-là même qui virent notre carreau éclater en mille minuscules morceaux.
C’est donc la balayette et la pelle à la main, sans oublier la lampe frontale sur le front, comme il se doit, qu’on occupa une bonne heure à, non pas recoller les morceaux, mais tenter de les extraire de tous les recoins où ils s’étaient immiscés.
Le lendemain, après un bain sous une cascade (même dans l’adversité, il ne faut pas perdre l’essentiel de vue), nous prenions la route, direction Darwin, histoire de dégoter une aternative vitrifiée à la bâche bleue qui claquait au vent dans une cacophonie infernale.
Après un p’tit tour par une casse pour trouver la perle rare bradée à 80 dollars (alors qu’on nous l’annonçait à 320 dollars dans un garage qui devait la faire venir d’Adelaïde), nous nous rendions juste en face, chez Jimmy, le Vietnamien « qui travaille vite et bien », selon le boss de la casse. Petit homme édenté et plutôt distant de prime abord, une distance probablement instillée par la culture asiatique, après un laps de temps assez bref, il se mit à nous égrener tout le vocabulaire français qu’il avait appris à l’école. Puis ce fut le tour du répertoire musical: « Ma préférée, c’était une chanson qui disait : Tous les garçons et les filles… ».
Le fameux Jimmy
Il finit par nous installer notre vitre et nous réparer la porte latérale qui a, depuis, relâché une fois de plus. Mais les bons soins de Nelly l’ont remise d’aplomb.
Une promenade sur le marché nocturne de Mindil Beach accompagnées de Delphine la Normande (une autre, rencontrée, celle-ci, à Broome), et nous quittions déjà Darwin, deux jours après y avoir jeter l’ancre.
Direction, cette fois, Kakadu National Park, à l’est de Darwin. Au centre d’information, Nelly s’enquit des campings gratuits et des moustiques alentour. « J’peux pas vous garantir qu’il n’y aura pas de moustiques, c’est la saison », lui répondit gentiment la dame à l’accueil. On était donc prévenues.
Pourtant, on ne s’était pas préparées à l’attaque féroce qu’ils nous firent dès la nuit tombée. On eut beau s’asperger d’anti-moustiques, on entendait leur bourdonnement insatiable dans nos oreilles et on les voyait tourner autour de nous, à la recherche de sang frais.
Après avoir ingurgité plus que savouré notre dîner, on se rua dans le van, toutes portes closes. Le problème, c’était que, déjà dehors, la chaleur était étouffante. Mais à l’intérieur, ça en devenait oppressant. On suait de tous nos pores, passez-nous l’expression mais elle colle bien à la situation. D’ailleurs, il n’y avait pas que la situation qui collait… A cette moiteur vint s’ajouter, de nouveau, on vous l’donne en mille : les moustiques qui avaient trouvé leur chemin à l’intérieur. Il nous fallut beaucoup de précision et de volonté pour en tuer au moins 30. Mais, à chaque fois qu’on en tuait un, il y en avait quatre qui faisaient leur apparition. Au bout de deux heures et demie à ce régime, nous prîmes la décision de sortir la tente ! On planta juste la moustiquaire car cela faisait bien quatre mois qu’on n’avait pas vu une goutte de pluie. Et, qui plus est, on était en saison sèche.
Le sol était dur mais on respirait un peu mieux et seulement quatre moustiques venaient perturber notre nouvelle chambrée. Pas moins de deux heures plus tard, des petites gouttes se firent sentir au travers de la moustiquaire. Nelly se tourna vers moi : « Tu crois que ça va durer ? ». « Non, c’est juste une averse de cinq minutes », lui répondis-je, sûre de mon coup. « En tout cas, ça fait du bien… ». C’est vrai que ça nous rafraîchissait. Mais, lorsque les gouttes se sont transformées en véritable torrent, Nelly est sortie installer la bâche. Elle revint, trempée jusqu’aux os, avec l’envie de se la jouer genre publicité Tahiti : « J’ai presqu’envie de prendre le gel douche et le schampooing ! ».
Cette nuit fût l’une des plus longues de notre histoire australienne. Comme quoi, les vacances ne sont pas toujours de tout repos !